Transition et refondation de l’Etat : Pourquoi il faut éviter de prolonger

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Sous l’argument qu’il faut prendre le temps de « refonder la gouvernance afin de remettre le pays sur de bons rails », certains analystes et décideurs estiment qu’il faut prolonger cette transition jusqu’en 2023, voire au-delà… Sauf que cette option est loin de rassurer et pourrait ouvrir une boîte à pandore !

maliweb.net -Depuis plusieurs semaines, le débat sur la possibilité  de prolonger la Transition a refait surface et certains acteurs ne se font pas prier pour claironner qu’il faut rallonger cette phase  transitoire pour aller au-delà de février-mars 2022, afin, disent-ils, de « refonder l’Etat malien ».

D’abord, pour respecter les principes démocratiques, il faut faire en sorte que tout pouvoir d’exception soit le plus court possible. Car, un pouvoir d’exception est par essence un pouvoir de fait. Il n’émane pas de la volonté populaire. Le pouvoir de transition, dirigé par le Colonel Assimi Goïta n’est issu d’aucune élection, seule voie idoine de désignation des dirigeants dans un système démocratique. Ce pouvoir s’est imposé par le fait de la force, aidé par la rue, quoi qu’on puisse en dire… Et tout républicain doit abhorrer ces interruptions anticonstitutionnelles dans le fonctionnement institutionnel normal. Doit-on rappeler que la Constitution du 25 février 1992 qualifie tout coup d’Etat de « crime imprescriptible » ?

Par ailleurs, la période transitoire est une phase d’illégitimité institutionnelle qui affaiblit le devoir de redevabilité des gouvernants. Ce qui fait que les pouvoirs publics semblent bénéficier d’une présomption de bonne foi pour agir en bonus pater familias, mettant en sourdine les mécanismes de contrôle dans le pays.

C’est ainsi que les gouvernants de transition sont censés agir avec une certaine célérité. Il leur est, par la pratique, accordé certaines dérogations, par exemple par rapport à la passation de certains marchés publics. Plusieurs départements ministériels finissent ainsi par passer de nombreux marchés  par entente directe, avec l’onction du Conseil des ministres. Ce fut le cas au début de cette transition au niveau du département des Transports et des infrastructures, du département de la santé, etc. Ces marchés ne sont pas souvent hors de tout reproche par rapport à l’orthodoxie budgétaire…, mais du fait du contexte, l’on laisse passer. C’est ce qui fait qu’au lendemain d’une période de transition, un éventuel audit de l’Etat révèle beaucoup d’anomalies sur le plan de la gestion des ressources publiques. Voilà aussi pourquoi, il ne faut, pour aucune raison, prolonger un pouvoir de transition, sous le prétexte d’une nécessaire refondation de l’Etat. Cette mission doit d’ailleurs être une prérogative d’un pouvoir légitime, dépositaire d’un mandat de représenter le peuple.

Enfin, le contexte institutionnel malien d’aujourd’hui fait que des acteurs sociopolitiques majeurs sont plus ou moins marginalisés dans la gestion du pays. Doivent-ils vivre cette mise à l’écart pour un temps plus long sous l’argument que ceux qui nous dirigent actuellement doivent refonder la gouvernance d’abord ? Au nom de quoi, ces dirigeants du jour sont plus indiqués que les autres à tracer les sillons des   millions de Maliens, au détriment des autres ?

Les frustrations et les impatiences, qui découleraient de cette situation, peuvent ouvrir la voie à des contestations susceptibles d’engendrer une crise dans la crise. Cela constitue peut susciter alors l’ouverture d’une véritable boîte de pandore d’où sortiraient de nauséabondes effluves. Doit-on oublier que le pouvoir actuel a aussi ses détracteurs, parmi lesquels les dignitaires du régime IBK, mais aussi les dirigeants de la première phase de la Transition ? Ces acteurs peuvent-ils s’accommoder facilement d’une prolongation de cette période, grosse de suspicions, d’impatiences et de calculs ? La question reste posée.

Boubou SIDIBE/maliweb.net

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