Vrai malien, faux patriote !

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Le Malien d’aujourd’hui peut être en peu de mots : inconscience, insouciance et fatalisme. Trois maux qui risquent, si l’on n’y prend garde, d’hypothéquer « l’héritage » que nous ont légué nos  grands-parents : le Mali, un,  et indivisible.

Pour comprendre la mentalité actuelle du Malien, il faut remonter au lendemain du coup d’Etat de 1968, qui a renversé le régime du président Modibo Keïta. A cette époque, pas si lointaine, les Maliens étaient réputés pour leur amour pour  leur patrie. Père de l’indépendance, le président Modibo Keïta avait insufflé aux « Soudanais », redevenus « Maliens », une citoyenneté, de nouvelles valeurs,  fondées, entre autres, sur le mérite, le travail, la discipline, l’intégrité morale et intellectuelle.
Qu’il soit paysan, ouvrier, fonctionnaire, élus locaux, député,  ou agents des forces de défense et de sécurité… tout Malien doit, selon le poste où il se trouve, contribuer au développement du pays, nouvellement, indépendant. Résultat : en huit petites années, notre pays, parti de rien – Car,  pour sanctionner le régime socialiste du Président Modibo Keïta,  le colonisateur avait tout emporté et détruit ce qu’il n’a pu ramener avec lui – s’est retrouvé avec près d’une quarantaine d’usines. Le chômage était inexistant. Sur le plan sécuritaire, notre pays était l’un des plus craints d’Afrique. Avec son armée bien formée et bien équipée. Le Mali disposait, grâce  à sa coopération avec l’ex-Union Soviétique,  d’une trentaine Mig 21 ; alors que ses voisins n’en comptaient que deux ou trois. Grâce à sa bonne gestion, notre économie était florissante. Favorisée qu’elle était par notre souveraineté monétaire, assurée par le « Franc malien ».

Négation des acquis

Tous ces acquis ont foutu le camp, avec le coup d’Etat militaire de novembre 1968 ; mais aussi, l’arrivée à la tête de notre pays du Comité Militaire de Libération Nationale (CMLN). Les « nouveaux maîtres du pays » se sont évertués à effacer toutes les traces de l’ancien régime. Avec, à la clé, un seul slogan : « vive la liberté ! ».  Et le premier exemple vient, d’abord, des jeunes officiers du CMLN. Considérés comme des « primes de risque », ils se sont partagé des centaines de millions de francs maliens. Certains se sont servis de leur part pour s’acheter des cars et des camions pour se lancer dans le transport.  Pour tenter de justifier le coup d’Etat, les putschistes d’alors sont allés fouiller  dans l’unique compte bancaire du président déchu, logé à la Banque de Développement du Mali. Ils n’y ont trouvé  200.000 francs maliens, l’équivalent de 100.000 francs CFA. S’en suivent les arrestations arbitraires,  les  procès d’intention, les condamnations des acteurs politiques d’alors à mort ou à  la détention à perpétuité au bagne-mourir de Taoudénit.  Désormais, plus rien se sera comme avant. Tout a été fait pour que les Maliens puissent « détester »  l’ancien régime. Tout est permis. Vive la liberté, celle de s’accaparer des biens de l’Etat. En toute impunité. Le pillage des finances publiques est devenu un sport national. Et la corruption, d’un naturel insoupçonné. Un « planton », qui a les « bras longs », surtout au sein de la junte militaire au pouvoir, est plus craint et plus considéré  qu’un  fonctionnaire bardé de diplômes. Considérés comme les « ennemis » du nouveau régime, les enseignants sont traqués dans les rues. Comme des voleurs de poule. Avant d’être jugés,  condamnés et envoyés dans l’extrême nord du pays pour y purger leur peine. A la fin des années 80, surprise sur….prise : les caisses de l’Etat sont vides. Désespérément, vides. Les fonctionnaires se retrouvent avec trois, voire quatre  mois d’arriérés de salaires.  Le régime GMT sollicite l’appui des institutions de Brettons-Wood. Le franc malien est abandonné au profit du franc CFA. Le Mali est sous ajustement structurel. La quarantaine d’usines, construites par le régime précédent, sont bradées. Le chômage franchit le seuil du tolérable. A la misère ambiante, s’ajoute une pauvreté endémique. Le front social gronde. La suite, on la connaît.

Mars 1991 : une révolution inachevée

Pour mettre fin au bain de sang, un groupe d’officiers, dirigés par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré, procèdent à l’arrestation du général Moussa Traoré. C’était dans la nuit  du 26 mars 1991. A l’issue d’une transition, considérée comme l’une des meilleures d’Afrique, l’élection présidentielle est organisée. C’était en 1992. Elle avait été remportée par le président Alpha Oumar Konaré. Le hic, qui fait tilt, c’est que ni le président, ni son successeur ATT, encore moins IBK n’ont su redonner au Mali et aux Maliens leur fierté d’antan, des raisons d’espérer.
Certes, ils ont, chacun, construit des ponts, des centres de santé, des hôpitaux, des logements sociaux, des routes…… Mais ils ont oublié de « construire » l’homme malien, en lui insufflant une nouvelle citoyenneté, capable de l’affranchir de celle que le régime kaki lui a inculquée, 23 ans durant. Comme sous le régime GMT (Général Moussa Traoré), le pillage des finances s’est poursuivi. Avec la même ardeur. La corruption et le népotisme, aussi. Partout, le même refrain : « mange et tais-toi et s’il reste, la nation pourrait en bénéficier ». Considérée, sous la première République comme l’une des meilleures d’Afrique, l’école malienne est devenue, de nos jours,  une « fabrique de chômeurs ». Avec des diplômés « analphabètes », des diplômés inutiles, incapables d’apporter leur « pierre » à l’édification du pays.
En dépit des énormes efforts consentis par l’Etat, la justice, elle, fonctionne selon la célèbre formule de Me Fanta Sylla, avocate et ex-Ministre de la Justice : « elle est indépendante de tout, sauf de l’argent sale ». S’y ajoutent  une administration pléthorique et inefficace ; des citoyens déboussolés, qui voient, – chaque jour que Dieu fait -, leur pays sombrer dans l’abîme.

Dieu, seul espoir du Malien

Plus de 25 ans après la révolution de mars 1991, qui a balayé le régime dictatorial du Général Moussa Traoré, les Maliens peinent à renouer avec leurs valeurs d’antan : patriotisme, intégrité, travail, discipline……
Avec la crise politico-sécuritaire de 2012, un nouveau pas a été franchi. Surtout, avec le coup d’Etat militaire du 22 mars. Mais aussi, l’occupation des 2/3 du pays par les Groupes armés, soutenus par des djihadistes de tout poil. Avec IBK,  élu à 77 % des voix, à la présidentielle de 2013, les Maliens espéraient voir changer les choses. A 12 petits mois de la fin de son quinquennat, le bilan est là, amer. Un seul exemple : IBK  avait déclaré l’année 2014 « année de lutte contre la corruption et la délinquance financière ». Mais, cette même année, près de 153 milliards CFA auraient été passés à la casserole. Du moins, si l’on croit le rapport du Bureau du Vérificateur général. Aussi, deux ans après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale, le nord et le centre du pays ne sont, toujours,  pas sous le contrôle de l’Etat malien. Plus de 400 écoles y sont fermées, à cause de l’insécurité. Les attentats contre l’armée et les forces de l’ONU sont monnaie courante.  Bref, 49  ans après la chute du régime socialiste du président Modibo Keïta,  et 25 ans après le retour de la démocratie dans notre pays, les Maliens n’ont pas su se remettre en cause, en tirant leçon des « légèretés », qui nous ont conduits dans cette impasse. Elles ont pour noms : inconscience, insouciance et fatalisme. La corruption, le népotisme, le favoritisme et le détournement impuni du dénier et la facilité….. sont, tellement, encrés dans l’ADN du Malien qu’il a du mal à vivre sans. Il veut occuper de hautes fonctions dans l’administration publique sans en avoir la compétence, ni les qualités. Des étudiants se retrouvent avec des licences et des maîtrises, sans jamais fouler une seule fois l’amphithéâtre de nos universités. Si rien n’est fait pour inverser cette tendance, les prochains mois risquent durs, très durs, trop durs pour le Mali ; mais aussi, pour les Maliens qui, par paresse intellectuelle, tentent, désormais,  de trouver réconfort  dans la religion.

« Aides- toi, le ciel t’aidera ! », a –t-on coutume de dire.

Incapables de réfléchir pour trouver la solution à leurs problèmes et  aux maux qui minent leur  pays, les Maliens croient pouvoir  compter, désormais,  sur Dieu qui, selon eux,  devrait descendre sur terre, pour leur apporter  paix, sécurité et  bonheur. Ce fatalisme est entretenu par de vrais-faux prêcheurs qui tentent – avec un certain succès d’ailleurs – qu’il suffit d’invoquer Dieu pour voir nos problèmes résolus.
Pauvres de nous !

Oumar Babi