Tiéblé Dramé : « Le Mali bat le record mondial du gonflement des chiffres »

0
42

Le Parti pour la Renaissance Nationale (PARENA), a organisé une conférence de presse, samedi dernier, à la Maison de la presse. Le thème, qui portait sur l’incurie du régime et la mauvaise gouvernance a vite été orienté par la presse, sur  la révision constitutionnelle. Parmi les représentants des partis politiques, on a noté, entre autres, la présence de Soumaila Cissé, président de l’URD et de Zoumana Sacko, président de la CNAS-Faso-Héré.

Le président du PARENA, Tiéblé Dramé, a d’abord fait observer une minute de silence à la mémoire de toutes les victimes de la crise dans laquelle le Mali est plongé. Il a déclaré : « Notre pays traverse une des périodes les plus difficiles de sa longue histoire: chaque semaine, le sang coule au Mali, chaque semaine, de jeunes militaires maliens ou leurs compagnons des forces internationales tombent au nord et au centre du pays. Dans ces régions, les communautés qui vivaient en harmonie s’en prennent les unes aux autres. Jamais le Mali n’a été autant divisé. Jamais l’ethnie et la tribu n’ont été autant mises de l’avant comme elles le sont aujourd’hui au nord et au centre.  Jamais, la mauvaise gouvernance n’a fait autant de ravages.  C’est l’existence même de l’État malien qui est menacée.C’est dans un tel contexte que le président de la République a initié la révision de la constitution adoptée en janvier 1992 par le peuple souverain du Mali. » Le PARENA dit non au bricolage de la constitution de 1992.
La constitution que le président, le gouvernement et la majorité des députés veulent réviser, a dit Tiéblé Dramé, est le fruit d’un consensus républicain, élaboré par toutes les forces vives du Mali, pendant la Conférence nationale souveraine, organisée au lendemain de l’insurrection populaire victorieuse de mars 1991. Il a ajouté : « La constitution, c’est la loi fondamentale du pays, elle fixe les règles du jeu politique et institutionnel. Si elle n’est ni le Saint Coran ni la Sainte Bible, elle ne doit pas, elle ne peut pas être révisée, sans dialogue politique, sans concertation avec l’opposition et les forces vives du pays. Le président et son gouvernement tentent, en ce moment, un passage en force qui procède du mépris et de l’arrogance et qui heurte la conscience démocratique. » Il a souligné que cette tentative de révision constitutionnelle divise le pays, au moment où il a besoin d’être rassemblé pour faire face aux nombreux défis qui menacent l’existence de notre Nation.
En outre, a-t-il fait remarquer, cette révision est initiée au moment où les 2/3 du territoire sont en proie à une insécurité rampante. Au moins 500 personnes, selon lui, sont mortes dans notre pays entre le 1er janvier et le 8 juin 2017 et plus de 500 écoles sont fermées au nord et au centre. Il a soutenu que, dans ces conditions, vouloir organiser un scrutin référendaire relève de la cécité et du manque de sagesse. Il a ajouté que cette tentative ne règle aucune des équations relatives à la restauration de la stabilité, de la sécurité et de l’intégrité du territoire national. Pour le président du PARENA,« c’est une  révision pour rien, à l’exception de la volonté de créer un monarque, un « mansa », un « faama » comme jadis au Mandé, comme jadis au pays de Ségou. »
En effet, a-t-il affirmé, avec le renforcement inouï et sans précédent et la concentration de tous les pouvoirs dans les mains du président de la République, ce projet codifie la personnalisation du pouvoir, il codifie toutes les dérives autoritaires et autocratiques constatées ces dernières années. Le PARENA a invité le président de la République à retirer ce projet. Pour le parti, le président IBK a amplement démontré, ces dernières années, qu’il est tout, sauf un homme de dialogue.
Le PARENA a lancé un vibrant appel à toutes celles et à ceux qui sont opposés au bricolage en cours de notre constitution à se rassembler dans une large convergence, une large coalition, un large front pour exiger le retrait de ce projet diviseur et dangereux pour la cohésion nationale.
Apropos des projets routiers, Tiéblé Dramé a déclaré : « le président de la République a initié des projets routiers visant à désenclaver plusieurs localités du pays. L’intention est louable car les populations et l’activité économique souffrent, en toutes saisons, du mauvais état des voies de communication. Toutefois, cette opération de désenclavement a été l’occasion de montages financiers douteux et scabreux avec comme résultat, une énorme évaporation financière au détriment du contribuable malien….interrogés, plusieurs spécialistes travaillant dans le secteur des routes ont répondu que le coût maximum du kilomètre de bitume au Mali ne saurait excéder 250 millions de francs CFA, quelles que soient  la qualité et l’épaisseur du goudron. Or, le kilomètre de goudron, pour la seule route qui va relier le Bankoni à Nonsombougou, coûtera au contribuable malien plus de 495 millions de francs CFA. ».
Selon le Parti du Bélier Blanc, les montants des projets routiers sont beaucoup plus élevés que les enveloppes inscrites au budget d’État 2017, au titre des infrastructures routières. Le parti cite, entre autres : le pont de Kayes: 48 milliards FCFA au lieu des 55,5 conclus avec les entreprises; la route Bankoni-Nonsombougou : 17 milliards contre 27, 7 concédés à l’entreprise; Kangaba-Fr Guinéenne : 13,5 contre 19,5 milliards négociés avec l’entreprise ; Yanfolila-Kalana : 13 milliards d’inscription budgétaire contre 18,8 convenus avec l’entreprise ; Baraouéli-Tamani : 5 milliards inscrits au budget contre 7,2 conclus avec l’entreprise chargée des travaux.Les dépassements, selon le parti, se passent de commentaires : 29, 5 milliards de francs CFA !
La passation des marchés de ces projets, a indiqué Tiéblé Dramé, s’est faite sur fond d’entente entre les donneurs d’ordre et les bénéficiaires pour alimenter une caisse noire destinée à financer les prochaines campagnes électorales. Le parti a soutenu : « on  a procédé à des « consultations restreintes » qui n’étaient, en fait, que des grés à gré déguisés. Selon plusieurs sources, il a été imposé aux entreprises des ristournes d’au moins 15% des montants des marchés. Ainsi, les entreprises se sont engagées à « cotiser » des sommes colossales: entre 1 et 5 milliards de francs CFA. Plusieurs exemples d’infrastructures confortent les soupçons de surfacturations. »
Le PARENA a invité le chef de l’État à ne pas couvrir de son autorité ces dilapidations grossières des deniers publics. Il estime que ces marchés doivent être revus et les travaux, payés à leur juste coût. Il est possible, a dit Tiéblé Dramé, de réaliser ces routes à moindre coût sans saignée des faibles ressources du Mali.
Répondant aux questions des journalistes, le président du PARENA a réitéré son attachement aux libertés publiques et fustigé la répression de la marche de la « Coalition Trop c’est Trop », par la police. Il a rappelé les conditions de l’élaboration de constitution de 1992, après la révolution sanglante du 26 mars. A propos des surfacturations, il a déclaré : « le Mali bat le record mondial du gonflement des chiffres. »

B.D.