Souleymane Koné, 1er vice-président des Fare An Ka Wuli : « Il faut tourner la page IBK, remettre le Mali au travail et redonner espoir aux Maliens »

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Nous avons eu un entretien, jeudi dernier, avec le 1er vice-président des Fare An Ka wuli, Souleymane Koné, à Bamako-Coura. Le thème abordé portait sur le bilan des quatre années au pouvoir du président Ibrahim Boubacar Kéita. Pour Souleymane Koné, ce qui est fondamental, c’est de tourner la page IBK pour remettre les Maliens au travail.

Le Canard Déchainé
Parmi les promesses du président IBK, le retour à la paix figurait en bonne place. Le Chef de l’Etat a-t-il atteint cet objectif ?

Par rapport au retour de la paix dans le bilan d’IBK, c’est vraiment une déception, mais au-delà de la déception, nous allons vers l’impasse. Un accord a été signé, globalement, le Mali a rejeté cet accord. Il se trouve qu’il est un instrument entre les mains du gouvernement, malgré ses insuffisances, malgré ses défauts, mais il se trouve que le gouvernement, lui-même, qui a forcé cet accord, est incapable de l’appliquer. Je crois que cet aveu est venu du président lui-même, mais avant lui, les Maliens avaient déjà fait le constat, la communauté internationale, aussi. Tout simplement parce que le président IBK ne pouvait monter à la hauteur des capacités de  pouvoir appliquer cet accord.   En aucun moment, le Mali n’a pris le leadership, ni des négociations, ni de l’application de l’accord d’Alger, ce qui fait qu’aujourd’hui, on reste dans les professions de foi, dans les détails. Le seul succès obtenu dans l’application de l’accord, me semble-t-il,  est le perpétuel cessez-le -feu entre les différends protagonistes au sein de la Plateforme ou de la CMA.  Cet accord a non seulement fragilisé le Mali, mais a, en même temps, étalé au grand jour toutes les faiblesses, toutes les incapacités du régime IBK. Il faut espérer, au moins, dans les mois à venir, que les arrangements sécuritaires contenus dans cet accord  puissent être mis en exergue et exécutés. C’est tout ce que le Mali peut espérer aujourd’hui, au regard de l’insécurité généralisée dans le pays, mais au-delà de l’accord, vous savez aujourd’hui que le centre échappe totalement à l’Etat du Mali et il devient de ce fait, une  menace pour toute la sous région. Le Mali l’était déjà et l’incapacité du pouvoir en place le renforce et nous sommes devenus aujourd’hui une sorte de risée de la sous région où toutes les attaques dans notre voisinage sont attribuées à des terroristes, à des groupes armés venus du Mali.  C’est ça qui, au-delà de tout, devient déprimant  pour notre peuple, pour le Mali, parce que nous sommes mis à l’index.

Que pensez-vous de la reconstruction de l’armée ?

Ils disent avoir voté une loi de programmation militaire, mais cette loi de programmation militaire n’est qu’une projection, c’est comme un budget, mais qui, en vérité, n’est  pas une  reconstruction en elle-même. Il y a l’EUTM qui fait le travail qu’il faut et qui, de l’avis de tout le monde, permet tout simplement aux militaires d’être dans une bonne position défensive, mais dans la pratique, même  le gouvernement, par sa façon de faire, plutôt que de reconstruire l’armée offensive dans sa mentalité, dotée des moyens adéquats, avec une formation appropriée, à la nature de la crise actuelle, s’est contenté de gérer le statu quo en maintenant l’armée  cantonnée sur son propre territoire, pire, en désarmant même, quelque part, cette armée. Aujourd’hui, tous ceux qui s’intéressent à la vie des militaires, dans quelles conditions ils vivent, mais, aussi, leur niveau de désarmement, ont constaté les différentes embuscades tendues à nos soldats. Non seulement, ils ont l’impression que le renseignement militaire ne fonctionne pas, mais quand bien même il fonctionne, les soldats qui font les relèves, régulièrement, sont totalement désarmés entre deux parcours. Ils quittent le camp, ils vont trouver les armes qui sont disponibles là où ils sont et dans ce laps de temps, le temps de déplacement, ils sont toujours victimes d’attentats, d’embuscades… de 2013 à aujourd’hui, on dénombre 300 soldats, sinon plus, tués au combat dans des positions obscures. Où est alors une armée reconstituée, une armée performante ? Ce n’est pas du fait des militaires, c’est un problème d’encadrement politique  de l’armée, du commandement politique de l’armée, qui est totalement défaillant.

Le président IBK avait placé l’année 2014 sous le signe de la lutte contre la corruption. Quels sont les résultats ?

Ça pourrait prêter à sourire si la corruption n’était pas une affaire très grave pour le Mali. Jamais, un régime n’a porté la corruption à ce niveau, tout le monde le sait. Rappelez-vous un peu les conditions d’achat de l’avion présidentiel, les surfacturations des fonds d’équipements militaires, la surfacturation des tracteurs,  les engrais frelatés, qui non seulement ont été totalement obtenus dans des conditions d’obscures corruptions, mais qui sont en même temps des facteurs de détérioration du sol. On peut en rajouter à satiété. Rien n’a été fait. Si à un moment donné, IBK a donné l’impression d’aller dans le sens de ce qu’il avait dit, c’était tout simplement une tentative d’intimidation de ses opposants ou de sa propre boutique, pour tenir les uns et les autres, mais si aujourd’hui, on doit s’occuper de la corruption, c’est au sein même du premier cercle du pouvoir. La lutte contre la corruption est à l’article zéro au sein du pouvoir.

Que dites-vous de la justice pour tous ?

Au Mali, il y a des magistrats honnêtes qui font leur boulot, mais, il y a aussi, ceux qui ont vendu leur âme au diable, c’est-à-dire qui se croient obligés de militer dans un parti politique qui est au pouvoir, qui se croient obligés de prendre des instructions auprès des institutions.  La justice pour tous est possible dans un pays comme le Mali où vous avez des magistrats bien formés. Il est difficile,dans un régime comme celui d’IBK, qui cherche à envahir tous les secteurs et qui pense que les magistrats doivent être aux ordres. La justice pour tous est un objectif pour un pays démocratique,mais  dans la pratique de notre pays, vous comprendrez aisément que ce n’est pas le cas. Il y a des îlots d’impunités maintenus et entretenus par le pouvoir en place, au gré de ses objectifs politiques et c’est ça qui n’est pas acceptable.

Le président IBK avait aussi parlé du retour de l’école.

Au moment où nous parlons, les professeurs de l’enseignement supérieurs sont en grève. Le Bac vient de se dérouler et vous avez vu comment les résultats ont été proclamés. Pour un même examen, deux types de proclamations de résultats, ça, ce sont des symboles de la défaillance de l’école. Aujourd’hui, rien de potable n’a été fait. Pourtant, nous ne pouvons pas aller plus loin en tant que Nation, sans le retour de l’école, sans la maitrise au sein de l’école des critères pédagogiques, sans la mise dans les meilleures conditions des enseignants, sans la promotion de la recherche, sans la compétitivité nécessaire de nos enseignants, par rapport à la sous-région. Le Bac malien est l’un des plus faibles, l’école malienne est l’une des plus faibles de la sous région, surtout dans l’espace UEMOA, dans lequel, bientôt, nos enfants seront en compétition dans tous les domaines avec leurs homologues et c’est ça qu’il faut craindre parce que la politique actuelle de l’école, s’il devait continuer, ne peut placer le Malien  dans les conditions idoines d’une compétition gagnante face aux autres pays de la sous région. Il faut reprendre l’école. IBK  parle par le passé, il faut tourner la page IBK et remettre le Mali au travail et redonner espoir aux Maliens. Ces quatre années, ils vont faire le plein d’images, mais ils savent pertinemment que rien n’a été fait et que tout reste à construire. Non seulement, ils n’ont pas trouvé de solutions aux difficultés qu’ils ont trouvées, mais ils en ont rajoutées. C’est demain, l’alternative portée par une opposition crédible, qui doit s’atteler à cela.

Propos recueillis
 par Baba Dembélé

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