Révision constitutionnelle : Grandes manœuvres pour désamorcer la crise

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Entre le samedi 12 août  et le mardi 15 août derniers, d’intenses tractations ont eu lieu de Koulouba à la Pyramide du souvenir (siège de la plateforme « An Tè, A Bana ») par les notabilités de Bamako (familles fondatrices, religieux). Objectif ? Désamorcer la bombe de la révision constitutionnelle. Résultat : Le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta a décidé de « sursoir » à  « son » projet de révision et le mouvement « An Tè, A Bana » a accepté,  pour sa part, de « sursoir » à sa marche d’hier pour demander la mise en accusation d’IBK pour « haute trahison ».

En effet, au terme d’une rencontre qui a eu lieu le mardi dernier, les médiateurs et le directoire de la plateforme, ont publié un communiqué qui est ainsi libellé : « À l’issue de leur rencontre, le samedi 12 Août 2017, les familles fondatrices de Bamako et les leaders religieux ont demandé au Président de la République de surseoir au projet de révision constitutionnelle et de continuer les concertations afin d’obtenir un consensus. Le Président de la République a accepté ces deux doléances.

Par la suite, les familles fondatrices de Bamako et les leaders religieux ont rencontré la Plateforme « An Tè, A Bana-Touche pas à ma Constitution ! »  pour demander de surseoir à sa marche du mercredi 16 Août.

À l’issue de L’assemblée générale du Mardi 15 Août, la Plateforme « An Tè, A Bana-Touche pas à ma Constitution ! », par respect pour ces autorités morales et spirituelles, a accepté de surseoir à cette marche.

Les familles fondatrices de Bamako et les leaders religieux remercient le Président de la République et la Plateforme “Ant Tè, A Bana-Touche pas à ma Constitution ! » d’avoir accédé à leur demande. Ils appellent tous les acteurs à contribuer à l’apaisement du climat social ».

Pour sa part, la plateforme au terme de son assemblée extraordinaire, le mardi dernier, a publié un communiqué pour informer l’opinion de sa décision d’annuler la marche d’hier. Dans ledit communiqué la plateforme dit ceci : « Lors de son Assemblée Générale du Mardi 15 Août 2017, les membres de la Plateforme “Antè A Bana- Touche Pas à ma Constitution” ont évoqué la médiation initiée par les chefs coutumiers de Bamako et les leaders religieux.

À l’issue des échanges, la Plateforme informe l’opinion nationale et internationale que sa marche citoyenne et populaire du 16 Août 2017, qui exigeait la mise en accusation devant la Haute Cour de Justice de Monsieur Ibrahim Boubacar Keita pour Haute Trahison, est reportée au Samedi 19 Août à 9h sur le même itinéraire.

La Plateforme prend à témoin l’ensemble du Peuple malien par rapport aux efforts fournis par ses membres pour obtenir une issue dans le cadre du dialogue et de la médiation de nos chefs coutumiers de Bamako et nos leaders religieux.

La Plateforme espère que ce délai permettra d’obtenir du Président de la République l’abandon du projet de révision constitutionnelle et une adresse solennelle à la Nation dans ce sens ».

Par ailleurs, depuis quelques jours, certains pays, notamment des pays occidentaux s’inquiètent de la dégradation du climat politico-social au Mali. Ainsi, plusieurs chancelleries ont demandé à rencontrer les membres de la plateforme « An Tè, A Bana-Touche pas à ma Constitution ! ». Au cours de ces rencontres certains diplomates étrangers accrédités dans notre pays n’ont pas caché leurs inquiétudes…

Deux mois de manifestations

Depuis deux mois, des manifestations (marches et meetings) organisées par la plateforme « An Tè, A Bana-Touche pas à ma Constitution ! »  ont mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes à Bamako, dans les régions et à l’extérieur.

Le mouvement «An tè, A Bana » avait appelé à manifester contre un « coup d’Etat constitutionnel » du président Ibrahim Boubacar Keita. Plusieurs points cristallisent leur colère contre ce projet de révision. Il s’agit, entre autres, la présidence de la Cour constitutionnelle. Jusqu’ici désigné par les membres de la Cour, le président de cette institution sera nommé par le président de la République. Or, le président de la Cour constitutionnelle compte, parmi ses prérogatives, la responsabilité de proclamer les résultats définitifs des élections. « IBK » est donc soupçonné de vouloir, par cette mesure, préparer sa réélection en 2018.

Autre motif de la colère des Maliens ? La création d’un Sénat et surtout la désignation de ses membres. Si deux tiers d’entre eux étaient élus au suffrage universel indirect, le dernier tiers serait désigné par le président de la République. Une répartition qui permet au chef de l’Etat d’accroître la représentation des autorités traditionnelles, notamment du Nord, au sein de cette seconde chambre…

Mohamed Sylla

Source:L’Aube