Régime de sanctions pour le Mali : L’ONU devrait commencer par sanctionner la France

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Le siège des Nations unies (ONU) à New York, Etats-Unis. © (CC)/Flickr.com/Wikipédia

En désespoir de cause, les autorités maliennes se sont résolues à demander à l’ONU le vote de sanctions contre ceux qui entravent le processus de paix. Mais comble de tout, le Mali doit passer par la France pour l’adoption d’une telle résolution.

Pourquoi ce qui est si simple devient si compliquer pour l’ONU ? Le problème malien n’aurait jamais pu prendre autant d’ampleur si le bon sens avait prévalu depuis le départ. La question reste : doit-on prendre les armes pour faire aboutir des revendications dans le cadre de la démocratie ? Et, doit-on soutenir ceux qui les prennent contre un pouvoir légitime ? C’est ce qui s’est passé dans ce qu’on peut aujourd’hui appelé le « conflit malien ».

C’est en 2012 après l’ « assassinat » du Guide Mouammar Kadhafi par la France et l’effondrement de l’Etat libyen, que des groupes touaregs, anciens combattants auprès de l’armée libyenne, retournent au Mali pour revendiquer la création de l’Etat de l’Azawad. Pour donner plus de force à son entreprise, ce groupe touareg utilise les armes et s’allient aux terroristes, narco trafiquants, djihadistes. La suite est connue. Déstabilisé et menacé jusque dans son existence, le Mali demande de l’aide. Et à qui d’autre pouvait-il le demander si ce n’est pas la France avec laquelle il est historiquement et malheureusement lié. Un scénario nul doute prévu qui permettrait à la France de légitimer son intervention au Mali et de dérouler sa stratégie.

La France : ange ou démon ?

Le chanteur ivoirien dit dans une de ses chansons ; « qu’ils se sont partagés le monde… ». En effet, dans ce partage machiavélique, le Mali ne peut qu’être bien évidement dans le giron français, ancienne puissance colonisatrice. Cela veut dire que seule la France décide du sort malien. Le Mali comme bien d’autres anciennes colonies françaises.

Cela explique que c’est envers la France que le président Dioncounda Traoré s’est tourné pour demander de l’aide. Pour tout dire, la France attendait cet appel et tel le bon Samaritain, elle envoya ses avions de combats contre les « groupes terroristes ».  Dans cette intervention, l’armée française a voulu faire le distinguo entre « terroristes » et « rebelles ». Les premiers, dira la France, sont les « ennemis » qui méritent d’être combattus. Les seconds, sont les « bons » qui méritent plus d’attention et de protection. Une erreur d’appréciation depuis le départ et qui devient source de tous les problèmes pour les Maliens. Comment faire la différence entre un « terroriste armé » et un « rebelle armé » qui utilise son arme pour terroriser les populations ? La France a cru pouvoir le faire.

Mais, a-t-elle associé le gouvernement malien et le reste de la communauté internationale dans cette distinction ? En ce qui concerne le Mali, la réponse est non. Et pourquoi la France n’a-t-elle pas voulu associer le gouvernement malien dans cette décision lourde de conséquences ? La réponse appartient aux responsables français.

Aujourd’hui, plus de trois ans après le « succès » de l’intervention française au nord du Mali, ni l’administration, ni l’armée n’est autorisée à entrer à Kidal fief des groupes rebelles avec lesquels la France a un accord de collaboration. Seule également, la force Barkhane française a été légitimée dans son rôle de lutter contre le terrorisme au Sahel. Le terrorisme a-t-il, pour autant, diminuer ? La réponse est non ! Au contraire, il prend de l’ampleur.

La situation ambigüe autour de Kidal, a poussé certains Maliens à se révolter contre le projet de révision constitutionnelle prévue par l’accord d’Alger et qui devrait entériner certaines dispositions dudit accord. Certains n’hésitent pas à parler de dispositions en faveur des groupes rebelles sous protection française.

La France, seule responsable de l’échec du processus de sortie de crise

Le Mali qui a longtemps demandé en vain le renforcement du mandat de l’ONU dans la résolution de son conflit (la France le bloquerait-il ?) cherche un ultime vote de sanctions  contre ceux qui entrave la bonne marche du processus de paix. On pourrait même dire contre les membres de la CMA qui depuis toujours jouent le dilatoire pour chaque échéance du processus comme le redéploiement de l’administration malienne dans la ville de Kidal et alentours ou dans l’installation des autorités intérimaires ou encore le démarrage du MOC. Sans parler du nombre d’attaques contre les forces armées maliennes et de sécurité et les casques bleus de l’ONU. Plusieurs violations du processus sans la moindre sanction. Ce projet de vote, porté par le Mali est, ironie du sort, défendu devant le Conseil de sécurité de l’ONU par la…France.

C’est depuis le mardi 05 septembre 2017 que ce projet a été soumis au vote. Une adoption entrainerait la création d’un comité de sanctions pour identifier les individus ou entités qui viendraient à violer le processus de paix. Il s’agit des cas de violation du cessez le feu, d’obstruction à la mise en œuvre de l’accord, d’attaques contre les forces armées maliennes ou les casques bleus, de violations des droits de l’homme ou d’obstruction à l’acheminement d’aide humanitaire.

La dernière entrave au processus (attaques contre le GATIA qui a fait de nombreux morts, faux-fuyant devant le retour de l’administration à Kidal…), a, nul doute, poussé le gouvernement malien à tenter de dissuader la CMA dans ses œuvres à l’encontre de la paix.

Mais, à notre avis, c’est contre la France que l’ONU devrait prendre ses premières sanctions pour entrave au processus de paix au Mali si elle veut être correcte. C’est à la France qu’il faudra demander des comptes en cas d’échec du processus de sortie de crise. C’est aussi à la France qu’il faudrait demander des comptes pour les nombreuses attaques de la CMA.

Sinaly

Source: Le Pouce

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