Primature : Boubèye et Ag Erlaf en pôle position

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Selon des sources proches de la présidence de la République, le Premier ministre, Modibo Kéita, sera bientôt appelé à céder la place à son successeur. Le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita doit s’accommoder à cette opportunité de changement, car, objectivement, l’inertie, constatée dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, l’impose.

Soumeilou Boubèye Maïga
Caricature de Soumeylou Boubèye Maïga
Mohamed Ag Erlaf
caricature de Mohamed Ag Erlaf
La communauté internationale est maintes fois intervenue pour demander d’accélérer, à coup de recommandations, la mise en oeuvre de l’accord. La situation est plus que compliquée à Kidal, avec la confrontation entre GATIA et HCUA et la mise en place des autorités intérimaires. Donc, un changement de Premier ministre, voire de gouvernement, se justifie, d’autant plus qu’on connait la propension des partenaires au développement, à chercher des solutions immédiates à l’inertie de la gouvernance des pays africains. Selon nos sources, Soumeylou Boubèye Maiga et Mohamed Ag Erlaf sont en pôle position de la course vers la Primature. Le premier est connu pour sa connaissance générale du pays. Son passage à la direction de la sécurité d’Etat, aux ministères de la Défense et des Affaires étrangères, concourt à sa faculté de faire de bonnes analyses de la situation nationale du Mali. Membre fondateur de l’Adéma-pasj, il a fait partie des différents gouvernements de l’ère démocratique, à l’exception de celle de la transition dirigée par Dioncounda Traoré. Il a ensuite quitté l’Adéma-pasj, pour créer son propre parti politique, ASMA, suite à des divergences politiques au sein de la Ruche.
Les tentatives de le mettre  en cause dans l’affaire de la déroute de l’armée à Kidal, ont vite échoué et le président IBK, après l’avoir écarté du gouvernement, l’a vite rappelé au poste de secrétaire général de la Présidence de la République. Grâce à son carnet d’adresses très fourni, Boubèye, comme on l’appelle, arrive facilement  à mettre en mouvement ses réseaux de relations et d’informations. On nous a confié que la récente visite du président IBK en France a été organisée et supervisée par Soumeylou Boubèye Maiga. Ressortissant de Gao, importante ville du Nord du Pays, il maitrise les données sécuritaires, communautaires et ethniques d’un septentrion secoué par la multiplication des mouvements armés, des conflits communautaires et des incursions terroristes. En outre, Boubèye est crédité de bons rapports avec le partenaire français et connait bien la géopolitique ouest africaine.
Mohamed Ag Erlaf est un ancien rebelle touarègue qui a rejoint les rangs de la République du Mali. Evidemment, sa présence au gouvernement est un signal fort envoyé aux mouvements armés touarègues. Autrement dit, tous les touarègues ne sont pas séparatistes ou « jihadistes ». C’est à ce titre que Mohamed Ag Erlaf devient un symbole d’unité du pays. Après avoir longtemps travaillé dans l’administration malienne, Ag Erlaf est considéré comme un homme qui connait bien le fonctionnement des collectivités territoriales et la décentralisation. En le choisissant comme Premier ministre, IBK pourrait lancer un signal fort pour la réconciliation nationale.
Le Rassemblement pour le Mali, aujourd’hui dirigé par Bocari Tréta, peut-il réclamer le poste de Premier ministre, compte tenu de son poids parlementaire ? En tout cas, le député Soiba Coulibaly l’a fait lors d’une interview qu’il nous a accordée après avoir claqué la porte du RPM.
En fait, aujourd’hui, le parti du Tisserand n’est pas bien placé pour revendiquer le poste de Premier ministre, puisqu’il ne détient pas la majorité qualifiée des deux tiers des députés. Rappelons que la motion de censure ne peut être votée qu’avec la majorité qualifiée des 2/3 des députés.
D’autant plus que sa majorité absolue de 75 députés sur 127 est fortement menacée, à cause des départs successifs d’élus du RPM. IBK devra donc choisir  son Premier ministre, indépendamment des considérations partisanes, d’autant plus que, malgré l’unité de façade, un conflit de leadership mine toujours le RPM.
B.D.