Le Mali sous tutelle, IBK en otage

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Dur constat du professeur Joseph Brunet-Jailly : depuis trois ans,  dit-il, le Mali est sous tutelle de la communauté internationale. Pour lui, c’est une parodie d’Etat qui s’est reconstruite en 2013, avec les élections souhaitées par la « communauté internationale », avec un candidat capable de servir tous les régimes et emmenant avec lui sa famille et les députés choisis par cette dernière. Comme tous les Etats modernes, le Mali est fortement dépendant d’institutions étrangères ou supranationales (pour les uns G7, G20, OMC, Union Européenne, etc. pour d’autres, Banque Mondiale, FMI, « partenaires au développement » et plus récemment Serval, Barkhane, MINUSMA, conférence internationale de bailleurs…) et il est entrainé de gré ou de force dans la mondialisation.
Pourtant, le Mali, soutient-t-il, a été le « chouchou » des bailleurs et il s’est montré non seulement docile, mais complètement dépendant à leur égard.  Le professeur Joseph Brunet-Jailly ajoute qu’aujourd’hui, notre pays n’a plus d’administration. Il fait remarquer que L’UNESCO a signalé que le Mali a été incapable de lui fournir un rapport sur l’état des sites du patrimoine mondial, une incapacité qui vient d’aboutir à ce que Djenné soit classée comme site en péril. La faiblesse de l’administration, selon lui, est due à la négligence, au manque de conviction, à la soumission totale aux instructions politiques, elles-mêmes médiocrement inspirées. Il fait remarquer que les projets et programmes du Mali sont rédigés par les partenaires au développement.

Un accord inapplicable ou presque

Le professeur souligne que le président IBK a la corde au cou. Il est difficile de savoir, assure-t-il, la part de responsabilité du président dans l’évolution du processus d’Alger et dans quelle mesure il a été contraint par d’encombrants amis et médiateurs. « Le résultat est là : un accord inapplicable et des groupes armés revendiquant toujours plus de pouvoir hors de tout contrôle démocratique, tant au Nord qu’à Bamako, Quant à la capacité de ce président à tracer les grandes orientations de la politique de son gouvernement et à les faire partager par la population qui l’a élu, elle est visiblement très limitée si l’on en juge par exemple par son dernier discours de nouvel an. Il faut dire qu’il a fort à faire pour étouffer une succession de scandales qui mettent en cause ses proches et parfois lui-même,»  indique le professeur Joseph Brunet-Jailly.

Echec de la décentralisation

Il affirme que les rares études menées sur la décentralisation des compétences en matière d’enseignement  ou de gestion du foncier montrent clairement que la décentralisation a été un échec. Pas seulement, déclare-t-il, parce que les ressources financières n’ont pas été attribuées en volume suffisant aux communes, mais tout autant parce que ces communes n’avaient pas les cadres capables d’exercer les compétences transférées et surtout parce que les élus souhaitaient s’installer dans les positions de notables que leur offraient les nouvelles institutions plutôt que d’arbitrer entre les intérêts concurrents de leurs mandants et enfin parce que les administrations centrales ont eu pour seul souci de reprendre la main et d’en revenir à leurs pratiques antérieures.

Les autorités intérimaires : la course vers la partition

A propos des autorités intérimaires, le professeur soutient que la démocratisation est remplacée par la dévolution du pouvoir local et régional aux groupes armés, avant tout cantonnement et tout désarmement. Autrement dit, ajoute-t-il, ce sont des hommes en armes et les comparses qu’ils auront adoubés qui vont être installés, avec la bénédiction de la  communauté internationale, à la gestion des collectivités territoriales des cinq régions du Nord, où elles auront en particulier la tâche de préparer les listes électorales et d’organiser les futures opérations électorales et référendaires.
C’est pourquoi Joseph Brunet-Jailly  met en garde contre le démantèlement de l’Etat : «  Car, dans l’état actuel de l’encadrement des collectivités territoriales, confier à ces dernières la gestion de l’enseignement (sauf le supérieur), de la santé (y compris les hôpitaux), de l’hydraulique rurale, de l’élevage et de la pêche (l’agriculture elle-même n’est pas citée, ce qui montre la profondeur des vues des négociateurs, médiateurs et autres amis), l’industrie, le commerce, l’artisanat, les transports, etc. c’est à l’évidence jeter le manche après la cognée. Cette revendication des groupes armés, formulée initialement par eux dans l’Accord subsidiaire, signé début avril entre les groupes armés et un ministre, avait alors paru excessive. Mais elle est reprise dans l’Entente, comme si aucun des signataires n’était conscient de la difficulté de la tâche de décentralisation, alors que le simple bon sens a toujours plaidé pour un transfert très progressif. De même, le caractère immédiatement exécutoire des décisions des autorités intérimaires signifie en pratique que l’Etat n’aura aucun moyen de rattraper des décisions inconsidérées. »
S’il était si important, aux yeux des groupes armés, d’installer les autorités intérimaires, avant le cantonnement, fait-il remarquer, c’est parce que ces groupes voulaient obtenir à la fois la légitimité d’un acte du gouvernement et la garantie offerte sur le terrain par leurs troupes encore armées. C’est exactement, a-t-il souligné, ce que leur accorde l’ « Entente » du 12 juin 2016. Mais l’Etat en sort à nouveau mutilé tant par le progrès vers la partition que par le mépris affiché des principes de vérité et de justice.

La solution : les concertations nationales
Pour lui, il est temps de reconnaitre que le Mali a besoin de concertations nationales, où l’on voit bien reparaitre le moyen qui a permis à plusieurs Etats africains de sortir des crises des années 1990.  La reconstruction d’un Etat, assure-t-il, serait possible après  une transition menée par les forces vives de la Nation. « Elle exigerait que la vérité soit recherchée et dite, que la justice se prononce, que les torts soient reconnus et les sanctions acceptées. Alors on pourrait envisager de rebâtir un contrat social sur des bases saines et reconstruire un Etat capable d’arbitrer les conflits d’intérêts, de défendre le pays contre ses agresseurs, de dire le droit et de le faire respecter, d’éduquer la jeunesse et de lui donner du travail, d’imposer la solidarité entre régions, entre générations, entre malades et bien portants, »  conclut le professeur Joseph Brunet-Jailly.

B.D

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