IBK trinque, les maliens se soulent !

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Grève illimitée des médecins, des enseignants du fondamental, du secondaire et du supérieur, des dizaines de morts enregistrés par jour  dans les hôpitaux, faute de soins ;  écoles, lycées et universités fermées, mécontentement général du citoyen, marches et sit-in de protestation….
 Face à ce climat quasi-insurrectionnel, les autorités, elles, se la coulent douce. Curieusement.

« Venue accoucher de jumeaux, à l’hôpital Gabriel Touré, ma femme a rendu l’âme et ses jumeaux avec, faute d’anesthésiste pour pratiquer la césarienne, dont elle avait besoin ». En larmes, l’époux de Dame Samaké  exprimait, en ces termes, sa détresse au micro d’un confrère d’une radio privée de la place. C’était il y a deux semaines.
Ce drame illustre, à lui tout seul, la situation  dans laquelle  le pays  tout entier est plongé. En grève illimitée, depuis plus d’un mois pour des « revendications financières », médecins et personnel de l’action sociale ont abandonné les hôpitaux. Faute de soins, les malades meurent à la pelle. En dépit, du « service minimum », qui s’avère insuffisant, voire nul. Et les négociations, entamées avec le gouvernement, peinent à mettre fin à cette tragédie. Qui cause, chaque jour que Dieu fait, des dizaines de morts.
Et comme si cela ne suffisait pas, les syndicats des médecins et de l’Action sociale viennent d’être rejoints par neuf syndicats d’enseignants du fondamental, du secondaire et du supérieur. S’y ajoutent de nombreuses écoles, fermées au centre et au nord du pays, pour cause d’insécurité. Elles sont estimées, selon nos informations, à 400.
« La situation actuelle est inacceptable et intolérable ! », martelait l’honorable Issiaka Sidibé, président de l’Assemblée nationale, à l’ouverture de la session d’avril, devant les députés. Avant d’inviter le gouvernement à prendre langue avec les syndicats en grève : « Au gouvernement, je rappelle que nos concitoyens sont désemparés et déconcertés, face à la timidité de la conciliation avec certains syndicats. J’exhorte donc les autorités gouvernementales à trouver des solutions urgentes et durables à ces multiples grèves et à être surtout proactives sur le front social à travers l’instauration d’une véritable charte du dialogue social avec l’ensemble des partenaires sociaux ».
Pléthorique et inefficace, l’administration  publique fonctionne au ralenti. L’économie est en berne. Les opérateurs économiques broient du noir. Les petites et moyennes entreprises sont en agonie. Frappées qu’elles sont par une crise générale, qui ne dit pas son nom.
Considérés comme les plus bas de la sous-région ouest-africaine, les salaires des fonctionnaires permettent, à peine à leurs bénéficiaires, de vivre pendant deux semaines. Partout, la pauvreté le dispute à la misère. Selon des statistiques non encore confirmées, près de sept familles sur dix,  à Bamako, peinent à se procurer trois repas par jour.
Partout, le même refrain : « mange et tais-toi et s’il en reste, la nation pourrait en profiter ». La corruption est d’un naturel insoupçonné. Et le détournement des fonds publics, un sport national. A en croire le dernier rapport du Bureau du Vérificateur général, 153 milliards CFA auraient été passés à la casserole  durant l’année 2015. Or, l’année 2014 avait été déclarée, par le président de la République, « année de lutte contre la corruption et la délinquance financière ».
Face aux atermoiements du gouvernement, les grévistes restent droits dans leurs « babouches ». Pas question, disent-ils, de revoir leurs revendications financières à la baisse. Car, arguent-ils, l’Etat a indiqué, à travers le ministère de l’Economie et des Finances, que les signaux de l’économie sont au vert.
Autre raison des syndicats de revoir leurs revendications financières à la baisse : l’augmentation, jugée injustifiée, du train de vie de l’Etat. « Les salaires des députés, des ministres et leurs indemnités ont été revues à la hausse. Le budget de la présidence de la République, aussi. Donc, qu’on ne vienne surtout pas nous parler de crise. Car, si crise il y a, pourquoi revoir à la hausse les salaires de ces gens, déjà, bien payés », rétorque un syndicaliste rencontré à la Bourse du Travail.
Face à ce blocage, les associations de jeunes descendent dans la rue pour réclamer leurs droits : le droit à la santé, le droit à l’instruction, à la sécurité…..  Droits consacrés par la constitution. C’est ainsi que le 1er avril dernier, les populations ont battu le pavé, cette fois-ci, pour la reprise du train voyageur, supprimé suite à la concession de la Régie du Chemin de Fer du Mali à Transrail.
A Bamako, un Mouvement des jeunes, baptisé « Trop c’est trop ! », avait observé, le 27 mars dernier, un sit-in devant la Bourse du Travail.
« Ces grèves illimitées occasionnent d’énormes souffrances pour les Maliens. Nous demandons au gouvernement de mettre fin à ces souffrances », déplorent Malick Konaté, un des porte-parole de ce mouvement ; tandis que, sur les réseaux sociaux, un autre mouvement, appelé Tarata Wulen (mardi rouge) appelait, le 04 avril dernier, les Maliens à s’habiller en rouge, ou à porter un brassard rouge, pour protester contre l’inertie, dont le pays est victime.
Pour calmer la tension, la tête du Premier ministre,  Modibo Keïta, tombe. Samedi  08 avril, IBK nomme un nouveau Premier ministre, le quatrième en moins de quatre ans. Ministre de la Défense et des Anciens Combattants dans le précédent gouvernement, Mr Abdoulaye Idrissa Maïga a la lourde mission de former et de diriger le nouveau gouvernement. Ce changement de Premier ministre pourrait-il mettre fin à l’ébullition du front social ? Une certitude : la colère des Maliens, face au régime IBK, n’est pas prête de retomber de sitôt.
Considéré, en 2013, comme le seul candidat à même de remettre le Mali sur les rails, IBK a été élu, au second tour, par un score de 77,3 % des voix. A 12 mois de la fin de son quinquennat, – dont le bilan est  jugé « catastrophique » -, sa côte de popularité est la plus basse au sein de l’opinion publique.

 
Oumar Babi

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