IBK : le tournant décisif !

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Censée apaiser la tension  suscitée,  d’une part, par le projet de révision constitutionnelle et, d’autre part, par la mal gouvernance dont le pouvoir est soupçonné, l’interview d’IBK,  diffusée ces deux dernières semaines sur les antennes de la télévision nationale, aura suscité colère et indignation au sein de l’opinion publique, y compris au sein du RPM, le parti au pouvoir. Avec, à la clé, l’ultimatum lancé au Chef de l’Etat, par la Plateforme « An Tè A Bana-touche pas à ma constitution » pour retirer son projet de révision constitutionnelle au plus tard mardi 15 août, avant minuit. Faute de quoi, elle menace d’appeler les populations  «  à la désobéissance civile ».

« On aurait aimé entendre le Président de la République faire des annonces fortes sur les mesures qu’il entend prendre pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, au nord comme partout au Mali ; mais aussi, pour assurer le maximum de consensus autour du projet de révision constitutionnel, qui fait couler tant d’encre et de salive dans notre pays. Mais tout indique, que l’objectif du Chef de l’Etat, dans cette interview télévisée,  était de  défendre la France, qui cristallise, en ce moment,  la colère du peuple malien, à cause de son implication dans la crise malienne ».
Faite, la semaine dernière, devant un kiosque à journaux, par un administrateur civil à la retraite, cette analyse semble être partagée par l’écrasante majorité de nos concitoyens. Pour les uns, comme les autres, IBK a, une fois de plus,  raté l’occasion de se réconcilier avec les associations de la société civile, mobilisée contre la révision constitutionnelle ; mais aussi, les partis politiques de l’opposition.

Déception quasi-générale

Nos concitoyens auraient aimé entendre IBK se prononcer sur les mesures envisagées pour sécuriser les populations, pour le réarmement moral et matériel de nos soldats, du point d’exécution de  la fameuse « loi de programmation militaire », du rejet par les syndicats de l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite, des concertations en cours sur le projet de révision constitutionnelle, du nouveau délai pour le redéploiement de l’administration à Kidal….. Bref, sur les préoccupations de l’heure.
En lieu et place, les téléspectateurs ont eu droit à un monologue, portant sur des sujets, jugés de « peu d’intérêt » ; mais aussi, à des menaces à peine voilées. Surtout, lorsqu’il s’est agi du sit-in, organisé devant l’ambassade de France à l’appel de l’association « Wati Séra », pour protester contre le « double jeu de l’Elysée » au nord du Mali.
« La France est un pays ami, qui doit être traité comme tel et nous y veillerons ! », déclare le Chef de l’Etat, le visage grave et l’air menaçant.
La réaction de nos concitoyens ne s’est pas fait attendre : « Comment le président de la République peut-il, surtout dans le contexte actuel, prendre la défense de la France, qui entretient à dessein cette crise au nord de notre pays ? », s’interrogent-ils. Avant de poursuivre : « A la France de nous convaincre qu’elle est vraiment notre ami. Ce qu’elle est impossible de faire, au regard des engagements qu’elle a pris avec les rebelles séparatistes. Histoire de mettre le grappin sur les ressources naturelles, dont regorge le nord de notre pays ».
Mais le sujet, qui a plus suscité la colère et l’indignation  de nos concitoyens, reste sans doute sa volonté de réviser la constitution du 25 février 1992.
« A notre grande surprise, il semble que certains de nos concitoyens veuillent remettre en cause cette décision, ou en tout cas, la refusent en estimant que le débat est clos, qu’il s’agit purement et simplement, ici et maintenant, d’abandonner ce projet de révision constitutionnelle pour différentes raisons évoquées… Nul ne peut aujourd’hui dire qu’il s’oppose à ce que le peuple malien exerce son droit de vote. Or, dire aujourd’hui qu’il n’y aura pas de révision constitutionnelle n’est pas républicain. Cela est anti national, en tout cas, contraire au droit ».
Cette déclaration a retenti comme un tonnerre dans un  ciel bleu. Pour nos concitoyens, IBK assimilerait  tous ceux qui ne sont pas du même avis que lui à des « apatrides », des « hors la loi », des « fauteurs de trouble »…
« Le Chef de l’Etat devrait, plutôt, apaiser la tension ambiante, amener les prétendus opposants à la révision constitutionnelle vers un consensus, seul gage de réussite de son projet, au lieu de lancer des menaces en l’air », rétorquent-ils.

L’ultimatum de la Plateforme « An Tè A Bana »

Pour la Plateforme « An Tè A Bana, Touche pas à ma constitution », c’est la goutte d’eau qui a fait  déborder le vase. A l’issue de son assemblée générale du 07 août dernier, elle a décidé, à l’unanimité, d’exiger du Président de la République le retrait pur et simple de son projet de révision constitutionnelle au plus tard le mardi 15 août 2017 à minuit.
« A défaut d’une réponse favorable dans ce délai imparti, la Plateforme « An Tè A Bana Touche pas à ma constitution » assimilerait ce refus à une atteinte grave à la constitution du Mali et se réserve le droit d’user de tous les moyens que lui offrent la constitution du 25 février 1992 et les lois de la République, afin de faire aboutir ses revendications légitimes », avertit-elle dans une lettre ouverte au Président de la République, rendue publique la semaine dernière.
Annoncée, par ses proches,  le week-end qui l’a précédé,  comme «  historique », l’intervention télévisée d’IBK, dans la soirée du 08 août, aura été un flop magistral. Ou presque.
Au lieu de rassembler  les Maliens autour du projet de révision constitutionnelle et des autres sujets de  préoccupation nationale,  elle aura contribué  à  creuser,  davantage,  le fossé entre le Chef de l’Etat et ses concitoyens.
Réponse d’IBK lors de sa rencontre avec les représentants des Chambres consulaires : « Prétextant le référendum, ils veulent soulever le pays tout entier et chercher à me faire partir par tous les moyens ».
Oumar Babi