Hamadoun Oumar, président de la Coopérative des pêcheurs de Djindé: «Le manque d’eau dans le Faguibine nous a poussés vers d’autres activités»

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L’assèchement des lacs du Faguibine avec le manque criard d’eau dans le cercle de Goundam (région de Tombouctou) a contraint les pêcheurs de cette zone au changement de fusil d’épaule. 

Fondé vers le XIIème siècle par Djimba Bodo (un pêcheur très réputé alléché par l’abondance des marigots et lacs en poissons) et Fatoumata Malinké, fille de Kankou Moussa, Goundam est situé au Nord-est à 97 km de la capitale régionale Tombouctou, à 35 km du Niger à Diré, et à 850 km de Bamako. Le cercle de Goundam est composé de sédentaires, sonrhaïs, peulh, bambaras, bozos, somonos pratiquant l’agriculture, la pêche et le commerce; des nomades maures, peulhs, tamasheqs, touaregs qui pratiquent l’élevage. L’islam domine à plus de 95%, suivi de  l’animisme et du christianisme. Cependant, les activités prédominantes sont l’agriculture,  l’élevage, la pêche et l’artisanat. Les secteurs de l’agriculture et l’élevage dans ces zones lacustres ont été affectées par une sécheresse endémique, le retrait des eaux et l’obstruction de chenaux d’alimentation des lacs par l’ensablement et la rareté des pluies. Arrosée par des marigots et lacs, la ville de Goundam table beaucoup sur sa production agricole notamment, les cultures vivrières comme le sorgho, mil, blé, haricot, riz ; les potagères (courge, pastèque, légumes diverses) et industrielles (arachides, tabac, et coton rarement). L’élevage fait aussi belle mine avec bœufs, chèvres, ânes, chameaux et chevaux. La pêche est pratiquée par les autochtones et les bozos et somonos des cercles voisins qui exportent leur cargaison de poissons très généralement vers Mopti ou Ségou. Le cercle de Goundam, jadis réputé être la capitale d’une variété de qualité des poissons, dont les habitants de lointaines contrées viennent se ravitailler, est depuis plusieurs décennies confronté à un manque criard d’eau dans ses lacs. Parmi les couches sociales victimes, figurent les pêcheurs. Ils sont nombreux à plier leurs filets et autres instruments de pêche et se sont lancés dans les activités de main d’œuvre. M. Hamadoun  Oumar est pêcheur à Djindé (bourgade de pêcheurs) sur le lac Télé. Selon lui, les raisons de se lancer dans d’autres activités seraient dues au manque d’eau et la rareté des poissons. «Le manque d’eau dans le Faguibine nous a poussés vers d’autres activités. La majorité d’entre nous a opté pour l’agriculture, d’autres sont partis à l’aventure notamment les bras valides. Certains se sont déplacés vers d’autres localités de la région pour exercer l’apprenti-maçon, le maraichage, la vente d’herbe, les travaux de banc, afin de pouvoir gagner leur pain quotidien pour s’occuper de leurs parents», a-t-il dit. Pour M. Hamadoun, les pêcheurs vivaient bien du métier. «Notre cercle est appelé la Région des lacs où il y’ avait abondamment de poissons. C’est nous qui ravitaillions une bonne partie du Mali à travers nos cargaisons de poissons acheminés vers Mopti, Ségou, Bamako  et ailleurs. Depuis l’assèchement des lacs, nous sommes entre le marteau et l’enclume et ne savons plus sur quel pied danser», a-t-il déploré. Et d’ajouter que leurs femmes ont joué un grand rôle dans la vente de leurs poissons. «C’est nos femmes qui se chargent de la vente et la cuisson des poissons. Un quota de poissons frais, secs et fumés est vendu au marché quotidien de notre zone d’intervention. Et la réserve sera conservée pour acheminement par nous-mêmes vers d’autres points de ventes dans le pays», a affirmé M. Hamadoun Oumar.
Pour préserver l’unité et la solidarité entre pêcheurs, il a créé la Coopérative «Faba-Céré» des Pêcheurs de Djindé, dans la commune urbaine de Goundam. Il s’agit, selon lui, à travers cette coopérative, de mener les pêcheurs sur la même longueur d’onde et de cultiver l’esprit d’entraide pour leur bien être social et favoriser leur cohésion. A en croire, M. Hamadoun Oumar, les pêcheurs ont souffert de la crise politico-sécuritaire et jusque là, n’ont bénéficié d’aucun appui. «Nous avons vraiment besoin d’appui technique, financier, matériel et alimentaire. Beaucoup de nos familles souffrent de la malnutrition et du manque d’assistance sanitaire», a-t-il souligné.
BANGOU