Goundam : la Poterie, un métier multiséculaire à l’abandon

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Elles jouent un rôle incontournable dans le développement socioéconomique de la ville de Goundam et se battent d’arrache pied pour leur autonomie économique. Elles, ce sont les sémillantes potières de la commune urbaine de Goundam qui demeurent confrontées à d’énormes difficultés notamment l’insuffisance alimentaire, la mévente de leurs produits, la mauvaise gestion et le manque de microcrédit. Durement frappées par la crise politico-sécuritaire qu’a connue notre pays en 2012, elles affirment être sombrées dans l’oubli des humanitaires.

Situé à 90 km de Tombouctou, Goundam, le chef lieu de cercle du même nom avec une population de 15 015 habitants en 2009 exerçant l’agriculture, l’élevage et la pêche, jouit jalousement de la réputation de sa poterie, unique du genre dans la région. L’architecture des maisons truffées d’alhor (calcaire) à Tombouctou offre un décor d’attraction aux visiteurs, celles de Goundam-ville ne font pas exception à la règle de l’art avec des briques rouges bien cuites et solides avec lesquelles les maitres du banco (maçons) ont l’ingéniosité de garnir les maisons avec divers modèles de figures. Dans la région de Tombouctou, sur les berges du fleuve Niger à Niafunké, Diré ou Tonka, l’on rencontre des hommes qui se consacrent à la briqueterie contrairement à Goundam-ville où des femmes s’illustrent qualitativement depuis belle lurette avec la pratique de la poterie.

Un métier réservé aux femmes

Autrefois, la poterie était uniquement pratiquée par la communauté authentique des griots ou «ma’abé». «C’est une caste craintive pour leur possession de pouvoirs occultes car elle était capable de dissiper  la pluie et elle est également très douée dans le traitement adéquat des maladies. Elle fabriquait des poteries solides, résistantes et dures. Les «ma’abé» avaient l’audace d’aller extraire l’argile sur leur tête dans un vase en paille de N’Kounbouna (espace d’extraction de l’argile qui serait écroulée sur une pléiade de potières à l’époque) jusqu’en ville», a raconté la vieille Aissata Assoumane, doyenne d’un groupement de potières.
De nos jours, la majorité des femmes de la ville  s’est lancée dans la poterie comme alternative pour leur autonomie socioéconomique. Selon la vieille Aissata, beaucoup de femmes qui pratiquent la poterie ne l’avaient point héritée de leurs parents. «Actuellement, ça dépend de la volonté de l’intéressée. Il suffit tout simplement de s’associer à une pratiquante et d’en apprendre avec elle durant quelques mois. Les héritières de ce travail n’empêchent quiconque de l’exercer», a-t-elle laissé entendre. Et renchérir que la poterie est une activité très dure sans rémittence, moyennant un effort d’abnégation quotidienne. Mariam, une autre potière, assise  sous son hangar, a affirmé embrasser ce métier pour aider son mari dans le besoin familial. «C’est sur conseil d’une vieille octogénaire de mon quartier que j’avais appris ce métier afin de subvenir au besoin familial. Avant cela, je vendais du bois, ou de temps en temps, du riz au marché, mais avec la déforestation et le manque de microcrédit, j’ai changé de fusil d’épaule pour me consacrer à ce travail.» Autre casse tête pour la majorité de ces femmes de foyer, concilier les travaux ménagers à la pratique. Mariam explique : «Certes, nos situations ne sont pas les mêmes, mais il suffit tout simplement de se programmer. Très généralement, je finissais  mes travaux ménagers avant de m’occuper du banco. Souvent, mes enfants me donnent un coup de main dès leur retour de l’école», a-t-elle dit.

Un travail de longue haleine

On retrouve dans la ville de Goundam cinq fours en plein air. La production  journalière d’une potière varie entre 200 à 300 briques brutes par jour. «C’est un travail ardent qui, selon la vieille potière, nécessite des substances comme l’argile, l’eau, la bouse de vache, des ramures d’épines, d’ordures et des herbes sèches. C’est une vraie corvée de criminel en punition et travail de longue haleine !», nous confie Aissata Assoumane. Et à Mariam d’expliquer la procédure d’acquisition des matériaux. «Nous achetons la charretée d’argile à 1000fcfa ou l’ânée à 150fcfa, le sac de 100kg de bouses de vache à 300f l’unité. Concernant les épines et ramures, nous le cherchons en brousse et les transportons sur nos têtes. L’herbe nous est offerte par les propriétaires d’animaux. Chacun de ces constituants jouent un rôle incontournable dans la cuisson des briques». Suivant l’évaluation une charretée leur donne une production de 700 briques pendant que 30 ânées donnent 1000 briques,  équivalant respectivement à 10 500fcfa et 15 000fcfa. «Après la cuisson, nous le vendons à 15F/l’unité. Si on produit 5 000 briques, ça nous ferait 75 000fcfa. C’est rentable et nous permet de subvenir à nos besoins en appuyant nos époux dans la prise en charge de la famille», précise t-elle. Hormis cela, autre préoccupation financière, c’est bien celle du jour de la cuisson où la prise en charge du travail incombe aux productrices à l’honneur dont le coût est estimé à plus de 20000 Fcfa. Pour la chargée de la promotion féminine Mariam Bouri Touré, les potières perdent plus qu’elles ne gagnent et sont confrontées à la mauvaise gestion. Selon elle, des efforts devraient être fournis pour leur venir en aide.
Pour la vieille Mariam, les potières de Goundam fabriquent entre autres, les briques cuites, les casseroles, les gouttières, les gargoulettes, des canaris, des marmites, des braseros à encens, fourneaux, des objets de décoration, des jarres, les lavoirs en terre cuite, des jouets pour enfants, des poêles et écumoires. Ces objets faisaient l’objet d’une grande vente à la foire hebdomadaire de tous les lundis. Cette activité rentable permet de payer leur cotisation hebdomadaire ou mensuelle, l’achat des ustensiles de cuisine, des armoires et autres accessoires de maison et surtout de subvenir à leurs besoins dans des situations pénibles (maladies, mariages, circoncision, décès…) Ces amazones de l’argile s’entraident aussi à travers la tontine.

Un  sentiment d’abandon…

L’occupation des régions nord du Mali en 2012 a plongé ces braves femmes, actrices incontournables du développement de Goundam dans une crise sans précédent. Elles broyaient du noir et leur vie était réduite à un silence. Il n’y avait plus de vente, ni de financement et leurs produits ont été volés. «Nous ne souhaitons plus jamais revivre ce genre de situation. Nous avons souffert durement maintenant Dieu merci. Nos activités ont repris leur cours normal. On sent toujours l’effet de la crise car il y’a un manque cruel d’argent», a laissé entendre Aissata Assoumane avec un sourire d’espoir aux lèvres. Les potières de Goundam font partie de ces braves femmes très déterminées à relever les défis à travers leur contribution au développement socioéconomique du cercle de Goundam. Elles sont confrontées à d’énormes difficultés notamment l’insuffisance alimentaire, le manque de microcrédit, la mévente de leurs produits et la mauvaise gestion. Ces femmes dont la majorité, analphabètes ou déscolarisées, aurait abandonné la pratique de l’excision pour la poterie font face à de nombreuses maladies conséquentes de la pollution des cuissons collectives et sollicitent l’appui des plus hautes autorités, des ONG et autres partenaires d’appui aux femmes. «Nous avons l’impression d’être dans l’oubli des organisations humanitaires sinon même abandonnées. Souvent des gens viennent nous photographier, nous interviewer pour en savoir davantage sur nos difficultés mais en retour on ne voit plus rien de concret», a affirmé Fadeye qui étalait ses briques.

La mairie,  à la rescousse des Potières

Aujourd’hui, leur cri de cœur ne semblerait pas tombé dans l’oreille des sourds car l’édile de la commune urbaine de Goundam, Mme Seck Oumou Sall, qui se bat pour la cause féminine n’entend ménager aucun effort pour leur venir à la rescousse avec l’appui de ses partenaires. Ainsi, elle a ordonné à son 2ème adjoint M. Hamadoun Diouaré dit Gaucher d’informer les potières, à travers une rencontre samedi, de leur dotation prochaine en matériels de fabrication de briques. Selon Mme Seck Oumou Sall, la mairie de Goundam a adopté depuis 2014 une politique de valorisation de l’architecture soudano-sahélienne, typique de la région.
«Cette volonté de respecter la tradition conforte l’harmonie et l’identité de l’architecture traditionnelle de notre belle cité. C’est un véritable encouragement pour que nos braves femmes puissent exercer localement ce métier, avec des perspectives d’avenir. Ainsi, nous protégeons leurs propres intérêts et préservons nos précieuses richesses culturelles qui font notre fierté», a –telle précisé sur sa page facebook. Les potières se sont réjouies de l’initiative de la mairie et attendent impatiemment ce jour.

 
A. M. Bangou dit Ecrivain