Excision: Kadidia, 40 ans, se souvient toujours de ce vendredi noir

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L’excision est une réalité au Mali. Risque d’hémorragie, stress post-traumatique, infection, douleurs, problèmes urinaires, diminution du plaisir sexuel, elles sont nombreuses, les filles et les femmes, victimes de cette pratique.

Apres avoir rencontré Kadidia lors d’une conférence dont le thème portait sur la  lutte contre l’excision des filles, nous lui avons posé la question de savoir pourquoi lutter contre cette pratique. Elle nous a raconté comment elle à été excisée.
« Un vendredi, très tôt, le matin , maman m’a réveillée, en me disant avec joie, tu deviendras une vraie femme aujourd’hui». Cette phrase, Kadidia s’en souvient, encore, 30 ans plus tard. Alors, âgée de 10 ans, la jeune Kadidia a interpellé sa mère. «Comment ça, devenir une femme? Ne suis-je pas déjà une femme?» Sa mère lui a répondu, souriante : «Tu verras bien, c’est une surprise».
Ma maman me regardait alors avec pitié,  c’est comme si elle me voyait pour la dernière fois et j’étais très inquiète. On m’a amené chez une vielle dame, ridée, le regard profond, qui avait, entre ses mains, une boite contenant des objets tranchants. C’est là que j’ai compris qu’on allait m’exciser. Je ne sais pas qui avait décidé de l’ablation de mon clitoris, ni comment ça allait se passer. Mon cœur battait fort et elle a ordonné  d’écarter mes jambes avec force. La douleur me ronge le cœur, il y’avais beaucoup de sang qui coulait et  j’ai pensé que j’allais mourir. Elle m’a enlevé le clitoris, les petites lèvres, les grandes lèvres et m’a mis un pansement. Je ne pouvais même pas marcher. A mon retour à la maison, j étais accueillie par des chants, des pas des danse et le tambour battait fort. Mes parents, tantes et amies étaient tous là, ils étaient très contents.
Quelques années plu tard,  je me suis sentie différente des autres filles, je me suis toujours rendu compte que quelque chose manquait dans ma vie.  Ce n’est pas seulement un morceau de chair qu’on m’a enlevé, mais, beaucoup de choses se sont brisées en moi. L’angoisse me perturbe parfois et je me pose la question : « est-ce que mon futur mari serait en mesure de me comprendre ».  A 18 ans, je me suis mariée et ma vie sexuelle était un cauchemar, car je n’ai que des douleurs à la place du plaisir, heureusement que  mon mari me soutient, sinon je ne saurais que faire. Mes filles seront épargnées de cette pratique et mon mari me soutient dans ce combat.
Dans les jours à venir, l’excision devrait disparaitre et les autorités, s’engager à lutter contre ce fléau.

Nanaissa Ascofaré