Entre pouvoir et forces vives : La guerre des mots

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Loin d’apaiser le climat, les propos du président de la transition ont au contraire aggravé la tension. Le pouvoir s’acharne à faire avaler une clé de répartition des sièges rejetée par deux centrales syndicales, des partis et regroupements politiques.

Le pouvoir en place s’emploie à imposer une clé de répartition des membres devant siéger au Conseil national de la transition (CNT, appelé à faire office de parlement)à toutes les forces vives. Seulement voilà. Chapelles politiques, principales centrales syndicales n’acceptent de compromis, eux non plus, sur des questions de principe. Elles ne s’écartent point d’un pouce de leur détermination à poursuivre le combat pour le changement, la mise en route de réformes majeures. Un concert de protestations s’est élevé contre cet état de fait jugé absurde et inadmissible. Dans un brûlot en date du 12 novembre dernier, une pile de partis et de regroupements politiques, notamment le PSP, PRVM Fasoko, ADP  Maliba, Yelema, les partis non alignés ont formulé moult observations assorties de fortes inquiétudes.

 

Divergences accrues

 

D’abord, ils ont relevé que « les dispositions du décret n°2020-0143 du 09 novembre 2020 fixant la clé de répartition du Conseil national de la transition (CNT), attribuant à Monsieur le vice-président de la transition les prérogatives de recevoir les candidatures et après examen d’en arrêter la listes des membres  du Conseil national de la transition. »

Ensuite, « le décret 2020-0142/PT-RM du 09 novembre 2020 fixant les modalités de désignation des membres du Conseil national de la transition (CNT) ne donne aucun critère et principe motivant la fixation des quotas. »

Enfin, ces lacunes passées à la loupe, le pouvoir à leurs yeux semblent s’engager dans une voie extrêmement périlleuse en manigançant de sordides querelles. Les militaires s’arrogent le droit exceptionnel de mettre dans leur escarcelle 22 sièges. « Les partis et regroupements politiques estiment que la fixation des quotas a été effectuée sans consultation aucune de la classe politique de notre pays et que la faiblesse du quota réservé aux partis et regroupements politiques qui ne disposent que de onze (11) sièges sur les 121 membres Conseil national de la transition. »

Les deux principales centrales syndicales, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) et la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) ne sont pas prêtes à avaler la clé de répartition et rechignent à y siéger. Le Mouvement du 5 juin, affublé de 8 sièges, crache aussi dans la soupe.

Dans un communiqué, la CODEM regrette le manque de concertation. « La CODEM ne saurait s’associer à une telle initiative dont le but est d’annihiler les partis politiques remettant ainsi en cause les efforts de lutte héroïque du peuple malien depuis mars 1991. On a besoin d’eux (des militaires) sur le terrain des opérations qu’au sein du CNT. »

 

Tension aggravée

 

L’acuité des divergences est telle que le président de la transition Ba Daw s’est permis d’épiloguer sur le sujet à l’étranger. Loin d’apaiser le climat, il a au contraire aggravé la tension et rejeté la responsabilité des erreurs commises sur d’autres en recourant aux propos du style : je suis désigné président de la transition avec un mandat de 18 mois. J’ai signé un décret. Je m’en tiens à l’esprit de ce décret.

Les observateurs politiques en déduit que le président de la transition ne cherche pas une solution, mais embrouille la question en claironnant qu’il n’est guère un homme politique, autrement dit pas au fait des subtilités y afférentes. Il est désormais évident qu’à ses yeux la crispation actuelle n’a qu’une importance secondaire.  Cependant, Ba Daw, débarrassé d’un accès de colère, pourrait mettre fin à l’excès de fièvre en suggérant aux parties d’accepter de transférer les points de contestation dans une discussion constructive.

Sous la paille des mots surgit le grain des choses. Derrière le passage en force du pouvoir en place se cache finalement le désir longtemps caressé de caser un des leurs, en l’occurrence le colonel Malick Diaw à la tête du CNT lorgnée par le Mouvement du 5 juin qui revendique ¼ des sièges à pourvoir, soit 30 membres.

A son corps défendant, le Mouvement du 5 juin, fer de lance de la chute du régime, estime que la volonté d’opérer un changement quantitatif et qualitatif passe par l’occupation par un des siens de la présidence de cet organe important. Enlever ce énième pain de la bouche du Mouvement – après les promesses non tenues de lui confier les rênes de la primature et l’attribuer ¾ des portefeuilles ministériels – s’apparenterait à obstruer les canaux d’évacuation des frustrations accumulées. Une humiliation de plus qui n’offrirait à la coalition hétéroclite d’autre alternative que la rue.

 

Paradigme ethnique ?

 

C’est une lapalissade de dire que le CNT serait la tribune par excellence des débats d’idées. En conséquence, les vitupérations répétées contre le pouvoir doublée d’ambition du M5 se s’opposer énergiquement jusqu’au bout de ses ongles contre toute velléité de confiscation de la révolution populaire justifient sa menace de remobilisation de ses troupes.

Au besoin, d’aucuns mettent en avant le « paradigme ethnique » présumé bien ancrer dans les mentalités des gouvernants qui a trouvé des échos dans les colonnes de la presse. Attaché à l’écume des jours, les nominations à d’importants postes porteraient ce parfum.

Aucune perspective d’apaisement,  ce qui laisse planer l’ombre d’une houleuse transition.

Georges François Traoré

 

En encadré

 

Déclaration des partis et regroupements politiques

Les partis et regroupements politiques : Alliance ensemble pour le Mali (EPM), COFOP, ARP, Alliance Jigiya Kura, le parti PSP (membre du FSD-SAP), les partis non alignés, se sont réunis, ce jour 12 novembre 2020 à l’hôtel de l’Amitié.

Au cours de cette rencontre, les présidents et représentants des partis et regroupements politiques ont procédé à une analyse approfondie des conditions de participation de la classe politique au Conseil national de transition (CNT).

Ainsi, les échanges ont porté sur les décrets n°2020-0143 du 09 novembre 2020 fixant la clé de répartition du Conseil national de transition (CNT) et 2020-0142/PT-RM du 09 novembre 2020 fixant les modalités de désignation des membres du Conseil national de la transition (CNT).

A l’issue de ces échanges, les partis et regroupements politiques ont formulé des observations et exprimé de fortes inquiétudes en ce qui concerne :

– Les dispositions du décret n°2020-0143 du 09 novembre 2020 fixant la clé de répartition du Conseil national de transition (CNT), attribuant à Monsieur le vice-président de la transition les prérogatives de recevoir les candidatures et après examen d’en arrêter la liste des membres du Conseil national de la transition.

– Le décret 2020-0142/PT-RM du 09 novembre 2020 fixant les modalités de désignation des membres du Conseil national de la transition (CNT) ne donne aucun critère et principe motivant la fixation des quotas.

Les partis et regroupements politiques estiment que la fixation des quotas a été effectuée sans consultation aucune de la classe politique de notre pays et que la faiblesse du quota réservé aux partis et regroupements politiques qui ne disposent que de onze (11) sièges sur les 121 membres Conseil national de la transition.

Ils ont aussi exprimé leur profond regret concernant :

-la non implication des organes légaux de la transition, notamment le gouvernement à travers le département en charge de la refondation de l’Etat et celui en charge de l’Administration territoriale qui est en même temps la tutelle des partis politiques en République du Mali, dans la procédure de mise en place du Conseil national de la transition conformément à ses missions déterminées par la Charte de la transition et,

– la non transparence des critères de choix à laquelle ni l’article 3 du décret n°2020-0142 ni le décret n°2020-143 dans son entièreté n’apporte aucun démenti.

Ils contestent la large représentation des militaires au nombre de 22 au sein du Conseil national de la transition d’une part et d’autre part, la faible représentativité des partis politiques, sachant bien que la période de la transition sera fondamentalement réservée aux réformes politiques et institutionnelles dans notre pays.

Au regard de ce qui précède, les partis et regroupements politiques ont unanimement décidé de ne pas désigner leurs représentants pour siéger au sein du Conseil national de la transition.

Les partis et regroupements politiques invitent l’ensemble des acteurs politiques à une union sacrée pour préserver les acquis démocratiques pour sauver la République.

Les partis et regroupements politiques exhortent l’ensemble de la classe politique afin d’observer ce devoir de non-participation des représentants de partis politiques au Conseil national de la transition (CNT).

Les partis et regroupements politiques appellent le peuple malien à la vigilance pour éviter tout dérapage de la transition.

Fait à Bamako, le 12 novembre 2020

 Ont signé :

-Alliance ensemble pour le Mali (EPM)

-COFOP

-ARP

-Alliance Jigiya Kura

-PSP membre du FSD-SAP

-PRVM Fasoko

-ADP Maliba

-Yelema

-Non alignés

Source: L’Informateur

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