Dr Hamadoun Touré : un « canbidat » ou un « cantidat » ?

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En dépit des rumeurs folles et fofolles, qui circulent à son sujet, Dr Hamadoun Touré ne s’est  pas déclaré  candidat à la prochaine  présidentielle, prévue dans 12 petits mois. Du moins, pas  encore. Mais si cela devrait arriver, il donnera du fil à retordre à ses éventuels adversaires, avertissent les analystes politiques.

« Quand je me retrouve en face des Chefs d’Etats africains, qui sollicitent mon expertise pour développer leur pays, je me sens mal en tant que Malien. Et je m’interroge : comment  pourrais-je  aider mon  pays, qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui, à sortir de cette impasse ? ».

Un « canbidat » pas comme les autres

Secrétaire exécutif de SmarthAfrica, basée à Kigali, au Rwanda, Dr Hamadoun Touré poursuit la réflexion sur la situation de son pays ; mais aussi, sur les moyens de l’en sortir. Mais,  de là à clamer, haut et fort,  qu’il sera candidat à la prochaine  présidentielle, il n’y a qu’un pas que nous nous gardons de franchir.
Mais si d’aventure, il décide de franchir le Rubicon, avertissent les analystes politiques, il risque fort de donner du fil à retordre  à ses adversaires politiques.
D’abord, parce qu’il sera,  le candidat  le plus connu à l’extérieur, avec 40 ans d’expérience au compteur. Avec, à la clé, le carnet d’adresse le mieux étoffé.  « Certains estiment que le fait qu’il soit, depuis près de 40 ans à la tête d’institutions internationales, est un handicap pour lui. Bien au contraire. Surtout, quand on sait que la classe politique, qui dirige le pays depuis 25 ans, est discréditée au sein de l’opinion publique, qui entend confier son destin à des hommes neufs, qui n’ont aucun lien avec la classe politique,  issue de la révolution de mars 1991 », indique un éminent professeur de Sciences politiques à l’Université de Bamako.
Ensuite, parce qu’il sera  l’un des rares candidats à ne pas trainer de casseroles. Parti du Mali, au début des années 80 jusqu’à nos jours, il n’a jamais été soupçonné, ni accusé d’avoir détourné le moindre centime de l’Etat.  « On ne peut dire autant des candidats, annoncés ou supposés, qui se verront très vite obligés de mettre leur candidature sous le boisseau, à cause des dossiers détenus contre eux, par le Pôle Economique et Financier. Qui n’attend, peut-être que, le signal d’IBK pour les remettre au goût du jour. Et, du coup, les obliger à mettre leur candidature sous le boisseau  ».
Enfin, parce que le Malien d’aujourd’hui n’est pas celui de 2013. Après le plébiscite d’IBK, avec les résultats que l’on sait quatre ans après, le Malien entend  lui-même choisir les hommes et les femmes, chargés de gérer son destin ; et non celui que leur a choisi tel ou tel guide religieux. C’est dire qu’aujourd’hui que le « changement » reste la maître-mot. Et la prochaine présidentielle risque d’être celle de toutes les surprises, celle des surprises sur…..prise.
Issus de la vieille garde politique, les « traditionnels candidats » à l’élection présidentielle n’ont qu’à bien se tenir. Après 25 ans de promesses électorales non tenues, l’électorat malien a bien assimilé la leçon. Tous ceux qui tenteront de l’amadouer avec du thé, du sucre ou des pagnes… apprendront à leurs dépens que « Les Maliens ont retrouvé leur dignité ».
La sollicitation des candidatures indépendantes s’explique par l’incapacité de la classe politique malienne à honorer ses promesses électorales.
Dr-H.-Touré
Discrédit de la classe politique : les raisons  

Au pouvoir depuis 25 ans, elle  s’est montrée incapable de répondre  aux attentes des populations. Du président Konaré à IBK, en passant par ATT, le détournement des biens publics est devenu un sport national. Et la corruption, d’un naturel insoupçonné. Partout, le même refrain : « Bouffe et tais-toi ; et s’il en reste, la nation pourrait en profiter ».
S’y ajoutent une administration pléthorique et inefficace ; mais aussi, une justice fonctionnant selon la célèbre fable de Jean De La Fontaine : « Selon que vous soyez riche ou pauvre, le jugement des cours vous rendra blanc ou noir ».
Confinée au rang de « fabrique de chômeurs », l’école n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le Mali est l’un des rares pays de la sous-région où on rencontre des « maîtrisards » incapables de formuler une phrase dans la langue de Molière. Sans « secouer » le cercueil de Vaugelas.
La pauvreté et la misère ont dépassé le seuil du tolérable. Dans certains quartiers de notre belle et sale capitale, la misère est si forte, que certains chefs de famille se voient obligés de quitter le domicile conjugal, dès l’aube, et sur la pointe des pieds. Parce qu’il ne dispose pas des 500 ou 1.000 FCFA nécessaires pour faire bouillir la marmite.
Autant d’échecs patents,  qui  ont discrédité la classe politique, plus préoccupée par son bien-être personnel que celui de leurs concitoyens.  Considéré, en 2013 comme le seul candidat à même de remetttre  le pays sur les rails, IBK a été élu avec un score inédit de 77,3 % des voix au second tour.
Mais à un an de la fin de son quinquennat, le résultat est là, amer. Le nord et le centre du pays sont devenus des terrains de jeux des djihadistes de tout poil. Près de 500 écoles fermées, pour cause d’insécurité. L’année 2014 avait été déclarée « année de lutte contre la corruption et la délinquance financière » par le « Kankélintigui de Sébénikoro ». Mais un an après, c’est-à-dire en 2015, près de 153 milliards CFA ont été passés à la casserole par les « Bouffecrates ». Du moins, si l’on en croit le rapport du Vérificateur général. Pire, les auteurs de ces détournements  se la coulent douce au volant de luxueuses bagnoles. Ou à l’ombre de châteaux construits sur des terrains arrachés aux pauvres citoyens.

Un favori caché ?

Réputé pour son intégrité morale et intellectuelle, Dr Hamadoun Touré n’est pas très connu dans le milieu « jeunes », ni dans certaines régions de l’intérieur ; mais il  est considéré comme un « favori caché » par une certaine opinion.
Convaincus qu’il sera un « bon candidat », d’illustres anonymes ont décidé, depuis quelques mois, de le faire découvrir, ou redécouvrir à ses concitoyens. Afin qu’il s’aligne, en 2018, dans les starting-blocks de la présidentielle. Va-t-il accepter ? Bien Mali(e)n qui pourrait y répondre.
Dr Hamadoun Touré est titulaire d’une maîtrise en ingénierie électrique de l’Institut Technique de l’Electronique et des Télécommunications de Leningrad (Ex-URSS) ; mais aussi, d’un doctorat de l’Université d’Electronique, de Télécommunication et d’Informatique de Moscou.Il a entamé sa carrière professionnelle en 1979 au Mali, comme directeur technique de la première station terrienne internationale du Mali où, il a acquis une solide expérience professionnelle. Ensuite, il a intégré le programme d’assistance et de développement d’Intelsat en 19885. Avant d’être nommé, en 1994, directeur du Groupe Afrique et Moyen-Orient à Intelsat. Un poste qui lui a valu la réputation de « meilleur dirigeant énergétique ». A cause, entre autres, de son engagement au service de différents projets de connectivité régionale. Comme RASCOM.
En 1996, il devient le directeur régional pour l’Afrique de ICO Global Télécommunications. Dont il a dirigé les activités sur l’ensemble du continent africain. Et, enfin, secrétaire général de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT)
« Avec son envergure internationale et les bonnes relations qu’il entretient avec  les Chefs d’Etats africains, Dr Hamadoun Touré pourrait marquer de son empreinte la présidentielle de 2018, prévue dans douze petits mois. Surtout, dans le contexte actuel, marqué par la crise de leadership au sein de la classe  politique », conclut notre politique, qui a requis l’anonymat. A juste raison.

 
Oumar Babi

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