Démocratie malienne : autopsie d’un fiasco

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Au Mali, la pratique politique a conduit certains gouvernants à interpréter, voire réécrire les règles à leur seul profit. En trente ans de démocratie, les chefs d’Etat qui se sont succédé à la tête du pays ont couvert d’importants détournements de fonds publics ainsi que d’autres actes de prédation, par cupidité ou pour conserver le pouvoir. Des tonnes de linges sales jonchent les couloirs de nombreuses institutions et des services publics.

Rien d’étonnant que la grande majorité des Maliens soutienne la Transition en cours qui se présente comme une véritable bouée de sauvetage pour un pays promis à la ruine.

LA TROISIEME REPUBLIQUE OU LA POLITIQUE DE LA SOLIDARITE DANS LE MAL

Après la révolution de mars 1991 et l’instauration du multipartisme, le peuple malien était en droit d’espérer plus de liberté et une meilleure gestion des ressources publiques. Malheureusement, les pionniers ont réduit la démocratie à la recherche du pouvoir d’Etat et à la meilleure façon de l’exercer au profit d’un clan. D’abord Alpha Oumar Konaré et le parti ADEMA, puis Amadou Toumani Touré et le Mouvement Citoyen, enfin Ibrahim Boubacar Kéita et ses proches. Chaque régime dans un style différent, a coopté des opérateurs économiques pour en faire les chouchous des marchés publics, en procédant à des nominations de complaisance pour servir les intérêts du prince. Le délit d’initié et les ententes frauduleuses ont alors permis de mettre le Trésor Public en coupes réglées, avec des milliards de commissions et de rétro-commissions versés aux grands donneurs d’ordre. Pendant ce temps, des stratégies de division ont été déployées pour affaiblir la société civile active et l’opposition politique, en réduisant l’armée nationale à sa plus simple expression. Naturellement, la rébellion en sommeil ne pouvait espérer mieux pour rendre tout le septentrion incontrôlable avec la complicité des narco- trafiquants, des vendeurs d’armes et autres preneurs d’otages. Elle est parvenue à créer le plus vaste réseau d’économie criminelle jamais vu dans tout le Sahel. Des hommes politiques et des fonctionnaires seraient membres de ce réseau de la honte et de la trahison nationale illustrée par l’affaire dite « Air cocaïne ». Lorsque la crise libyenne éclate dans ces conditions, le Mali déjà divisé et affaibli devient le ventre mou du Sahel. En effet, l’armée libyenne était composée majoritairement d’anciens rebelles maliens qui rongeaient leurs freins. La France de Sarkozy, qui voulait la tête de Kadhafi à tout prix, Dieu seul sait pourquoi, a choisi de pactiser avec la rébellion malienne à qui elle promet un Etat autour de Kidal. Cet Etat sera annoncé plus tard par le Mouvement National de Libération de l’AZAWAD (MNLA). Quand 70 militaires sont atrocement tués à Aguelhoc en 2011, les maliens sont stupéfaits d’entendre le ministre français des affaires étrangères Alain Juppé parler d’une « victoire du MNLA dont il faudra tenir compte ». Le plan de la déstabilisation du Mali était en marche. ATT qui n’avait jamais voulu lâcher le leader libyen comme l’a fait son homologue sénégalais Wade, comprend clairement qu’après Kadhafi, il serait le prochain sur la liste.

TOURNER DEFINITIVEMENT LA PAGE POUR REVENIR A UNE GOUVERNANCE VERTUEUSE PARTAGEE

En réalité, un double mal a frappé le Mali au cœur. D’une part, la faillite de l’économie et de l’armée nationale provoquée par la cupidité et la perfidie de politiciens démagogues et, d’autre part la rébellion du MNLA aidée par des officines européennes pour attenter à l’intégrité du territoire national. Difficile d’échapper à cette double trahison. Voilà comment la démagogie soutenue par la promotion de la médiocrité, l’éloge des non valeurs (tricherie, corruption, fortune mal acquise) et l’impunité ont fini par avoir raison de la troisième république, après avoir sapé les fondements de la société et de la démocratie. Le « kokadjè » longtemps proclamé au départ est resté un vain mot. Les quelques patriotes qui nourrissaient le rêve et l’ambition de servir loyalement le pays ont été combattus et noyés par des opportunistes qui tenaient enfin l’occasion de devenir quelqu’un grâce à la politique. Aujourd’hui, le sursaut national longtemps attendu semble en marche pour inverser la tendance. La déclaration à l’ONU du Premier Ministre Choguel Kokalla Maïga a donné le ton et servi de déclic. Assimi Goïta est désormais soutenu par la majorité silencieuse qui se réveille enfin. Comme à leur habitude, certains marchands de tapis s’agitent et rament à contre- courant avec l’espoir d’être rappelés aux affaires. Ils ne le savent peut-être pas encore mais pour de nombreux maliens, ils ressemblent à des produits périmés. La sortie du tête-à-tête stérile avec les partis politiques pour donner la parole à la société civile, notamment les jeunes, les légitimités traditionnelles et les leaders religieux, porte des fruits car, ceux-ci sont les vrais moteurs de la mobilisation et de l’action sociale au Mali. Cependant, en plus des réformes envisagées pour arriver à la 4ème république, deux dossiers méritent une attention particulière pour le retour de la paix et de la sécurité : le rapprochement avec la Russie pour permettre aux forces de défense et de sécurité de reprendre le contrôle sur le terrain et le dialogue avec Iyad et Koufa qui n’ont jamais demandé la partition du Mali au contraire du MNLA qui a ouvert la voie aux terroristes et aux djihadistes pour rendre le nord ingouvernable. Le combat d’Iyad et Koufa est motivé par l’instauration d’un Etat islamique dans un pays composé dit-on à plus de 90% de musulmans. Alors qu’il était plus facile de discuter avec eux, IBK s’est aligné sur la position française avec le résultat désastreux qui a conduit à sa chute : un accord pour la paix inapplicable en l’état, un pays occupé aux deux tiers avec l’enclave de Kidal imposée aux maliens par la France, des forces internationales impuissantes, des élections locales impossibles à tenir, une économie exsangue. Les autorités religieuses musulmanes enfin libérées des pesanteurs politiciennes, vont-elles pouvoir trouver avec Iyad et Koufa, sur la base des prescriptions intangibles du Coran qui est la référence commune, les conditions de la paix et de la cohabitation pacifique dans un Mali réunifié ? Il faut l’espérer.
La Transition mérite d’être soutenue parce que le pays va mal même s’il tient encore debout. Les hommes politiques qui ont largement montré leurs limites en ruinant le pays, doivent éviter la surenchère avec des prises de position et des propositions aussi inopportunes qu’incongrues, au moment où l’immense majorité des maliens aspire à tout, sauf à un retour au statu quo. Ils sont pourtant bien placés pour savoir que rien ne peut arrêter un peuple debout et déterminé.

Mahamadou Camara

Email : mahacam55mc@gmail.com

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