CPI : après AL- MAHDI à qui le tour ?

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Pour les populations maliennes, notamment celles du nord, victimes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, le procès Al Mahdi n’est qu’un petit pas dans la lutte contre l’impunité, dont bénéficient leurs auteurs. Qui se la coulent douce dans les « hôtels 5 étoiles » de Bamako. Avec la complicité de la France, qui a fait pression sur les autorités maliennes pour négocier un hypothétique « accord de paix » avec eux.

« Les crimes, qui ont été commis et qui se commettent toujours dans le nord du pays, ne se sont pas limités à des attaques contre notre patrimoine culturel. Plusieurs personnes, dont des femmes et des enfants, ont été victimes de crimes graves par des groupes armés, non seulement à Tombouctou ; mais aussi dans d’autres régions ».
Ainsi réagissait Mr Gaoussou Cissé, ambassadeur du Mali à Bruxelles, aux excuses présentées au peuple malien par Ahmad Al Mahdi, ex-chef de la police islamique des mœurs à Tombouctou. Ex-conseiller de Houka-Houka, le président du tribunal islamique de Tombouctou et proche d’Iyad Ag Ghali, chef du mouvement terroriste touareg Ansar Dine, Al Mahdi est, depuis le 22 août dernier, jugé par la Cour Pénale Internationale (CPI) pour avoir « dirigé intentionnellement des attaques » contre neuf mausolées de Tombouctou et contre la porte de la mosquée Sidi Yahia, entre le 30 juin et le 11 juillet 2012. Mais ces « excuses » ne semblent pas apaiser la colère des Maliens, particulièrement, ceux du nord, victimes de lapidations à mort, d’amputations de pieds et de mains, de viols et d’expéditions punitives.

Poursuivre les auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité

« Nous souhaitons qu’il (ndlr : Al Mahdi) soit aussi poursuivi pour d’autres crimes commis dans le nord du pays, notamment, les crimes sexuels », espère Mme Lalla Touré, membre de l’Association Malienne des Droits de l’Homme (AMDH). Laquelle, en collaboration avec d’autres ONG, a déposé en 2015 une plainte contre une quinzaine de chefs des groupes armés et chefs islamistes, dont Al Mahdi.
Au nombre de ces crimes, commis au nord sous l’occupation djihadiste, on peut citer, entre autres, le massacre de 153 soldats, égorgés par le MNLA, avec à sa tête, Bilal Ag Achérif, son chef d’état-major ; mais aussi, par Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali. Tout a commencé le 18 janvier 2012, vers 3h30 mn du matin, dans la petite ville d’Aguel-Hoc. La ville est,  d’abord, attaquée par le mouvement terroriste Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali, qui a coupé le réseau téléphonique. Avant d’utiliser comme boucliers les enseignants et les étudiants de l’Institut de Formation des Maîtres de la ville. A en croire un officier des services de renseignements, les assaillants étaient commandés par le colonel déserteur M’Bam Ag Moussa, dit « Bamoussa ». Mais les soldats maliens résistent. D’où la seconde attaque, intervenue le 24 janvier 2012, aux environs de 5 heures du matin. Elle était organisée par le MNLA, dirigé ce jour-là par Bilal Ag Achérif, son chef d’état-major. A court de munitions, les soldats maliens se rendent. Ils seront massacrés, le même jour.
« Les soldats, qui se sont, vaillamment, battus ont été faits prisonniers. Lorsque le MNLA a quitté les lieux, nous avons découvert une tragédie. Les noirs avaient les poignets ligotés dans le dos. Ils ont été abattus par des balles tirées à bout portant dans la tête. Ceux qui avaient la peau blanche, les arabe et les touareg ont été égorgés et souvent éventrés », déclarait ce jour-là, le président ATT à nos confrères de l’AFP.
Et le président de l’AMDH d’ajouter : « il y a eu des exécutions sommaires sur 153 militaires du camp d’Aguel-Hoc, égorgés ou tués d’une balle dans la tête ». Auparavant, le MNLA et le mouvement terroriste Ansar Dine avaient, sur les antennes des médias internationaux, officialisé leur alliance pour la création d’un « Etat indépendant », dénommé « Azawad » où la charia régnerait en maître.

Accord de paix bloqué, raisons connues

Par peur de se retrouver devant les juridictions nationales et internationales, certains groupes armés liés à Iyad Ag Ghali par des accords, dans le cadre de la création du fantomatique « Etat de l’azawad », mais aussi par le sang, certains leaders des groupes armés tentent – avec succès pour l’instant – de saboter le processus de paix. Conscients qu’ils sont que, tôt ou tard, ils seront rattrapés par leurs crimes. Soit devant les juridictions maliennes, soit devant la CPI. Comme c’est le cas d’Al Mahdi. Rappelons à ceux qui l’ignorent qu’Iyad Ag Ghali et les frères Intallah sont cousins. La mère d’Iyad et le père des Intallah sont du même père et de la même mère. Ils auraient des liens de sang avec Bilal Ag Achérif, secrétaire général du MNLA et avec Cheick Haoussa. Tous les trois sont soupçonnés d’avoir participé au massacre des 153 soldats maliens à Aguel-Hoc.
Pour eux, aller à la paix signifie rendre justice. Et rendre justice, c’est rendre compte de leurs crimes commis sur les civils et les militaires.
Autres crimes commis par les djihadistes et groupes narco-djihadistes au nord : les amputations et les viols. La première amputation publique avait été effectuée, le 8 août 2012, à Ansongo, localité située à 90 km de Gao. Il s’agissait d’un homme accusé d’avoir volé une moto. Il a été mutilé devant une dizaine de personnes par les hommes du Mujao (Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest).

Iyad Ag Ghali : entre amputations, lapidations à mort et massacres des 153 soldats maliens

Le 29 juillet 2012, les hommes d’Iyad, avec à leur tête son numéro 2,   Cheick Haoussa, actuellement chef de guerre de la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad), ont lapidé à mort, en public, à Aguel-Hoc, un couple auquel ils reprochaient d’avoir eu un enfant. Sans être marié. D’autres couples, jugés « illégitimes », ont été fouettés en public. S’y ajoutent d’autres personnes, qui ont subi le même sort pour avoir bu de l’alcool ou fumé. Ces actes ont poussé 168.000 habitants du nord à l’exil forcé dans les pays voisins. Notamment, au Burkina Faso, au Niger et en Mauritanie.
Les autorités maliennes, l’ONU et les organisations de défense des droits de l’Homme ont dénoncé ces actes ; mais aussi, porté plainte contre leurs auteurs.  Pour les populations maliennes, celles du nord en particulier, réclament justice pour les autres crimes,  commis par les groupes narco-djihadistes, dans le nord du pays. Crimes auxquels Al Mahdi, proche d’Iyad Ag Ghali, avait pris part.  « Cet individu, comme d’autres, à Tombouctou en particulier, se sont rendus responsables de très graves crimes. Notamment, des viols, des viols collectifs, des attaques contre des personnes et pas uniquement contre des biens », assure Mr Florent Geel, responsable du bureau Afrique de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH).
Et de conclure : « La lutte contre l’impunité est une condition essentielle du retour à la paix. Sans justice, il ne pourra pas y avoir de paix au nord-Mali, c’est clair, c’est démontré. Il s’agit de faire la justice, tout de suite, pour tout le monde, il y a bien sûr un processus. Mais enfin, il faut un moment commencer et pour l’instant, cette lutte contre l’impunité, au Mali, n’a pas commencé. Devant la CPI, elle commence, timidement, avec cette étape, certes, importante, mais qui n’est pas suffisante ».
Interrogée à la Haye par des confrères maliens, Fatou Bensouda, la procureure de la CPI n’exclut pas des poursuites contre d’autres personnes qui se sont rendus coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au nord du Mali. « Le message important, c’est qu’avec ce procès, les criminels savent qu’ils devront rendre des  comptes à Bamako ou ailleurs », ajoute  le président de l’AMDH au sujet du procès Al Mahdi.
Reste à savoir si la France acceptera de lâcher ses « petits protégés » du MNLA, du HCUA et d’Ansar Dine. Afin qu’ils répondent de leurs crimes devant les juridictions nationales et internationales.
Oumar Babi