Boi, victime du déguerpissement: «Ami Kane n’a pas seulement détruit mon kiosque, elle a aussi détruit ma famille»

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C’est la complainte d’une des victimes du déguerpissement de Malitelda. Cette zone ‘’affaires’’ des téléphones et ordinateurs potables et accessoires. Le 21 janvier dernier, vers 4 heures du matin, la gouverneure de district a donné l’ordre de raser les kiosques. On estime les dégâts à plus de 130 millions Fcfa.

Malitelda, c’est fini. Il n’ya pas mieux que la formule de triomphe de César pour décrire la rapidité avec laquelle la zone a été démantelée et la surprise qu’elle a suscité chez ceux qui croyaient ce lieu intouchable. «Veni vidi, vici (je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu) !». Constituées en collectif, les victimes promettent de se battre pour réoccuper les lieux. Vendredi dernier, c’est devant l’Assemblée nationale qu’ils se regroupent. Mais les forces de l’ordre envahissent les lieux et empêchent tout rassemblement. Les leaders du collectif, du moins certains, affirment avoir remis une lettre de doléances au président de l’Assemblée nationale qui promet de leur répondre rapidement.

«Nous n’avons nulle part où aller», indique Boi, un des déguerpis. «Nous sommes près de 2000 jeunes à être victimes de ce déguerpissement. Nous nous battrons par tous les moyens pour rentrer dans nos droits. Nous n’avons plus rien à perdre. A défaut de donner du travail aux jeunes, ils créent d’autres chômeurs. Où sont les 200 000 emplois promis par IBK?», s’interroge-t-il, sous le regard approbateur de ses collègues comme s’il venait de dire quelque chose qui les interpellent tous. «J’ai perdu deux kiosques dans ce déguerpissement. Ami Kane n’a pas seulement détruit mes kiosques, elle a aussi détruit ma famille», poursuit Boi. Notre interlocuteur se tait, allume une cigarette. Il tire une bouffée avec une telle frénésie comme si sa respiration en dépendait.

«J’ai vu un collègue réparateur de téléphone, chef de famille marié à deux femmes, pleurer comme un enfant. Il avait dans sa boutique les téléphones de plusieurs clients, plusieurs écrans de téléphones. Tout cela a été emporté. Quel pays peut faire ça à ses enfants?», se demande Boi après avoir retrouvé ses esprits.

Un peu plus âgé que Boi, Bakoroba, lui, n’a pas de kiosques à Malitelda. Il affirme sa solidarité à ses cadets, «victimes des autorités sans scrupule ». «Nous avons tous soutenu au départ, cette opération de déguerpissement. Mais là, c’est exagéré. Personne ne peut dire que cet endroit est sur une grande route et entrave la circulation. On aurait pu reconnaitre Malitelda comme une sorte de marché et le laisser comme tel», préconise       Bakoroba. «Beaucoup de ces jeunes étaient des bandits. Grâce à ce business, ils ont laissé ce qu’ils faisaient pour gagner dignement leur vie. Je pense que casser leur kiosque n’arrange pas la situation. Et le pays ne se construit pas de cette façon », conclut Bakoroba.

Mamadou TOGOLA